Un coup de gueule de plus contre l’hypocrisie des rouages culturels

Un coup de gueule de plus contre l’hypocrisie des rouages culturels

La Belle Ouvrage, festival Ciné-Travail, Cinéma Utopia Borderouge, à Toulouse, édition 2026.

 

Vendredi 1er mai 2026 : jour où nous célébrons la lutte des travailleur.euse.s. Nous écrivons pour dire notre sidération et notre colère. Aujourd’hui encore, même quand nous travaillons « dur », même quand nous acceptons de partager notre histoire et ce qu’elle porte en elle d’intime et de politique, ceci pour qu’elle soit ; montrée, racontée, écrite…Il
y a toujours moyen de nous en déposséder ou de nous empêcher de parler. D’effacer la personne qui est à l’honneur du récit et la réduire à une matière qu’on exhibe sous l’œil de la caméra et qu’on silencie une fois que l’on éteint celle-ci.

« Parler à notre place » ! Une activité favorite des dominants-privilégiés, qu’illes soient blancs/blanches, raciséEs ou en minorité de genre. Notre place, c’est celle des personnes qui subissent le racisme et qui sont issues du prolétariat en France ou en Algérie. Notre place, c’est celle des personnes raciséEs qui s’arrachent pour en arriver là où elles en sont. Notre place, c’est celles de personnes qui ne fermeront plus leurs gueules et qui visibiliserons les injustices telles qu’elles soient.

Au Festival La Belle Ouvrage, à Toulouse, au cinéma Utopia Borderouge, Zina Lekkat, ce samedi 2 mai 2026, sera absente. Des mécanismes et rouages bien huilés afin de lui imposer le silence, de répondre à sa place aux questions qui seront posées après la projection du magnifique documentaire « Camionneuse » |2025, réalisé par Meryem-
Bahia Arfaoui|, ou peut-être même dépouiller Zina de son histoire pendant une table ronde qui réunira la réalisatrice, une sociologue, comédienne/danseuse et la marraine du festival… »différents regards pour explorer ce que le travail fait aux corps, et comment, à travers lui, se construisent santé, identité et capacités de résistance », sans la protagoniste du film dont on a refusé la venue ! De quoi s’interroger sur l’objectif de cette table ronde où on ne veut pas de la présence de Zina !

Que s’est-il passée lors de la dernière tournée qui a lieu en Algérie en mars 2026, pour que la réalisatrice ne prenne même pas directement contact avec Zina par la suite ?
Peut-être une tentative de réappropriation de la parole et du récit comme nous le dénonçons aujourd’hui ! D’ailleurs, quels rôles et fonctions jouent la réalisatrice quant à l’absence de la protagoniste du film, Zina, afin de parler de sa propre histoire et de l’expérience vécue quant à la réalisation du documentaire ?

Pourquoi après une invitation par mail, ou une fois que Zina travaillant à temps plein en tant que routière, ait réussi à se libérer, on lui réponde tranquillement « c’est trop tard pour organiser ta venue (3 semaines avant) »?

Quelles sont les raisons pour qu’une personne de l’organisation du festival, n’ait aucune explication à fournir à Zina autre qu’un simple « les organisateurs de la table ronde te rappelleront pour t’expliquer  » quand cette dernière propose malgré tout de venir à ses propres frais alors qu’elle est nommée dans les invitées de la table ronde ?

Aussi violent est la finalité de cet échange avec les organisateur.trice.s : au lieu de recontacter Zina comme prévu, c’est une psychologue du travail qui lui écrit par mail pour proposer à Zina un échange lors d’un rdv fixé à l’avance !

Finalement, se raconter sous vos outils et regards disséquant c’est ok mais continuer à s’approprier et expliciter notre propre récit lors des projections/débats ça c’est pas ok !
A qui revient la décision de comment circule la parole et qui peut y prétendre ou pas ?

Pourquoi ce communiqué aujourd’hui ?

Nous ne fermerons plus nos gueules pour protéger qui que ce soit. La coupe est pleine pour ne pas dire qu’elle déborde !
Chez les féministes/queers, dans les institutions culturelles, auprès de nos amiEs, et même de nos alliéEs politiques ; se faire usurper nos histoires, nos identités, nos images, nos cultures et NOS VIES…deviennent « monnaie courante » et qu’importe les raisons. Soit vous le faîtes en laissant la place, soit vous arrêtez d’exploiter nos vies !

Total soutien à Zina Lekkat !

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