{"id":626,"date":"2015-02-08T18:05:47","date_gmt":"2015-02-08T17:05:47","guid":{"rendered":"http:\/\/tardigrada.noblogs.org\/?p=626"},"modified":"2015-05-03T14:37:09","modified_gmt":"2015-05-03T12:37:09","slug":"un-cycle-cinema-popcorn-chaud-et-vengeance-froide","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tardigrada.noblogs.org\/?p=626","title":{"rendered":"&#8230;CYCLE CINEMA  \u00ab\u00a0popcorn chaud et vengeance froide\u00a0\u00bb&#8230;"},"content":{"rendered":"<address>\u00ab Et quand nous parlons nous avons peur que nos mots ne soient pas entendus ni bienvenus, mais quand nous sommes silencieuses nous avons quand m\u00eame peur. Alors c&rsquo;est mieux de parler en se rappelant que nous n&rsquo;\u00e9tions jamais cens\u00e9es survivre. \u00bb<\/address>\n<p>Audre Lorde, The Black Unicorn: Poems<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les images et le cin\u00e9ma sont des lieux de propagande ultra efficace, qu&rsquo;elle soit h\u00e9t\u00e9rosexiste, capitaliste, patriarcale, raciste, sp\u00e9ciste etc&#8230; . Ces images sont cr\u00e9es par des personnes qui relaient, construisent et ass\u00e8nent leur vision politique du monde depuis leur place de dominant\u00ade\u00ads, et, en particulier, leur th\u00e9orie sur une soit\u00ad-disant \u00ab nature \u00bb f\u00e9minine, et sur la normalit\u00e9 des rapports d&rsquo;exploitation du groupe des hommes sur les autres genres. Sans doute cela a \u00e9t\u00e9 une avanc\u00e9e r\u00e9volutionnaire quand, dans les films de Rape and Revenge des ann\u00e9es 70, les meufs deviennent actrices de leur vengeance, en faisant le choix de la violence physique, sanglante. Cette fois en effet, ce ne sont plus les hommes qui, face au viol d&rsquo;une de \u00ab leurs \u00bb femmes (c&rsquo;est\u00ad-\u00e0\u00ad-dire l&rsquo;atteinte d&rsquo;une de leur possession) vengent leur honneur dans le sang. Malheureusement, cela n&rsquo;a pas abattu le patriarcat ! La production cin\u00e9matographique reste un monde domin\u00e9 par des hommes, blancs, h\u00e9t\u00e9ros, riches. Le viol, quand il n&rsquo;est pas juste pr\u00e9texte \u00e0 du voyeurisme torture-\u00adporn, continue d&rsquo;\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 selon un sch\u00e9ma qui ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, et qui permet d&rsquo;entretenir, chez les femmes, la peur de l&rsquo;inconnu, de la rue, et de la nuit. La plupart des films montrent des viols perp\u00e9tr\u00e9s par un inconnu, arch\u00e9type de l&rsquo;homme mauvais (brutal, bestial, ivrogne, racis\u00e9 pour que le tableau soit complet&#8230;) par opposition au bon p\u00e8re de famille. Apr\u00e8s l&rsquo;acteur, le lieu : parking souterrain, ruelle sombre, la nuit. Comme si un viol \u00e9tait un hasard in\u00e9luctable et malheureux, dont on ne pourrait que se pr\u00e9munir, un peu comme d&rsquo;un s\u00e9isme, mais ici en restant confiner chez soi. De plus, le viol est souvent racont\u00e9 comme une \u00e9preuve initiatique, un passage de l&rsquo;ing\u00e9nue vers la \u00ab femme v\u00e9ritable \u00bb, c&rsquo;est\u00ad-\u00e0\u00ad-dire un corps sexu\u00e9 et sexuel. Car dans un monde patriarcal, les femmes n&rsquo;existent et ne sont d\u00e9finies que comme des \u00eatres sexualis\u00e9s, existence qui ne peut commencer que par leur p\u00e9n\u00e9tration (consentie ou non) par un homme (d\u00e9floration, viol, viol \u00ab correctif \u00bb lesbophobe). Quand \u00e0 la vengeance d&rsquo;une femme, elle ne peut \u00eatre que celle d&rsquo;une super\u00ad-h\u00e9roine \u00ab bombe sexuelle \u00bb et solitaire, dont la violence est calqu\u00e9e sur les codes de violence masculine. Et pourtant, une femme n&rsquo;aurait\u00ad-\u00adelle \u00e0 sa disposition d&rsquo;autres outils que sa sexualit\u00e9 pour agir, obtenir ce qu&rsquo;elle veut et prendre du pouvoir ? Ne pourrait-\u00adelle vouloir se venger ou\/et se d\u00e9fendre que d&rsquo;une atteinte \u00e0 sa sexualit\u00e9 ? Et ne pourrait-\u00adelle faire le choix d&rsquo;une violence qui ne soit pas celle d\u00e9finie par les normes virilistes ? Pour \u00e9viter pas mal de ces \u00e9cueils (mais pas tous ! D&rsquo;ailleurs, les films qu&rsquo;on a choisi de projeter sont bourr\u00e9s d&rsquo;imperfections \u00ad mais on sait toutes que la perfection, c&rsquo;est comme la mort, \u00e7a emp\u00eache pas mal de r\u00e9fl\u00e9chir&#8230;), peut \u00eatre faut\u00ad-il d\u00e9nicher les rares femmes qui ont r\u00e9ussi a prendre la cam\u00e9ra pour faire du Rape and Revenge. Car, utilis\u00e9 par une femme, le slogan \u00ab un homme mort ne viole pas \u00bb, c&rsquo;est quand m\u00eame de la balle ! Et parce que les balles contre le patriarcat, quand enfin elles peuvent sortir, ne sont jamais tr\u00e8s bien accueilli, les r\u00e9alisatrices et autres cr\u00e9atrices le paient cher. Lorsque Helen Zahavi publie Dirty week end, le parlement britannique fait une demande de retrait des ventes pour cause d&rsquo;immoralit\u00e9 qui n\u2019aboutis pas. L&rsquo;auteur, subissant un harc\u00e8lement constant \u00e0 cause de son \u00e9crit se barre du Royaume Uni. Par ailleurs, les films de vengeance peuvent participer \u00e0 construire notre propre imaginaire collectif, politique et f\u00e9ministe. Car des r\u00e9cits de femmes qui se vengent, qui se d\u00e9fendent, qui d\u00e9fient la domination masculine, blanche, h\u00e9t\u00e9rosexuelle, et bourgeoise, et qui reprennent, par la violence, quelques miettes de pouvoir, sont des imaginaires qui peuvent nous rendre plus fortes, seules ou ensembles. Ne serait\u00ad-ce que parce que, peut\u00ad-\u00eatre, cela rendra un tout petit peu plus r\u00e9elle une possibilit\u00e9 qui, jusqu&rsquo;alors, nous restait hors de port\u00e9e, interdite et impensable. Certains films que nous avons rencontr\u00e9s et choisis de projeter sont bas\u00e9s sur l&rsquo;histoire r\u00e9elle de femmes, participant ainsi \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;une Herstory (f\u00e9minisation de History), fabriquant et refondant nos imaginaires et nos r\u00e9alit\u00e9s \u00e0 partir de v\u00e9cus extraordinaires mais r\u00e9els. Si trop souvent, l&rsquo;id\u00e9e de nous d\u00e9fendre et de nous venger, que ce soit individuellement ou collectivement, des personnes qui nous exploitent, nous oppriment et nous agressent, reste un fantasme qu&rsquo;on ose \u00e0 peine imaginer et encore moins r\u00e9aliser, c&rsquo;est que l&rsquo;ordre moral et patriarcal a bien pav\u00e9 le chemin de notre violence. Au cin\u00e9ma comme ailleurs, la violence des femmes est soumise \u00e0 une double mise en r\u00e9cit. D&rsquo;une part, elle est non-\u00addite : occult\u00e9e, invisibilis\u00e9e, oubli\u00e9e (et sans cesse red\u00e9couverte), d\u00e9responsabilis\u00e9e (la femme criminelle amoureuse), monstruosifi\u00e9e (la femme infanticide n&rsquo;est pas une femme violente puisque c&rsquo;est un monstre). D&rsquo;autre part, elle est cadr\u00e9e pour surtout ne jamais troubler l&rsquo;ordre patriarcal : la violence des femmes est rendue naturelle \u00e0 grands coups de psychologie et de biologie (femmes dangereuses, manipulatrices, hyst\u00e9riques, s\u00e9ductrices, etc&#8230;), et cette nature ne serait dompt\u00e9e que par la maternit\u00e9 (la louve prot\u00e9geant ses petits), la famille (la femme satisfaisant son mari) et la morale. On se recogne une fois de plus la th\u00e9orie sur la nature f\u00e9minine, nous privant de toute autonomie et l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 agir, choisir, et surtout d\u00e9fier l&rsquo;ordre patriarcal. Il est important que nous prenions conscience de nos forces, pour que chacune puisse choisir d&rsquo;avoir recours ou non \u00e0 la vengeance, physique ou non, quelles qu&rsquo;en soient les raisons, et d&rsquo;utiliser n&rsquo;importe quelle type de violence, que ce soit celle qu&rsquo;on attend de nous ou celle que nous\u00ad-m\u00eame n&rsquo;imaginions m\u00eame pas. Nous croyons que le cin\u00e9ma f\u00e9ministe peut \u00eatre un outil dans ce sens. Et maintenant, si nous nous vengions, seule, \u00e0 deux ou \u00e0 des milliers ? Si nous nous vengions, par les poings, par les armes, par casseroles et par poisons, par notre cul et par nos mots, par la magie et par la justice ? Si nous nous vengions de nos patrons, de nos maris, de nos p\u00e8res, de nos violeurs, de nos chefs, de nos (n\u00e9o\u00ad)colons, de nos m\u00e9decins, et de tout en m\u00eame temps ? Et si nous commencions par \u00eatre solidaires, toujours, de toutes ces femmes qui se d\u00e9fendent, se vengent, et reprennent du pouvoir, discr\u00e8tement ou bruyamment, et qui souvent, en font les frais, en catimini, dans les prisons de l&rsquo;\u00e9tat ou de la famille ? Et si nous osions penser ensemble des strat\u00e9gies f\u00e9ministes d&rsquo;action directe violente ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le cin\u00e9club f\u00e9ministe \u00e0 Grenoble et D\u00e9genr\u00e9e pr\u00e9sentent le cycle \u00ab\u00a0Popcorn chaud et vengeance froide\u00a0\u00bb !<\/p>\n<p>si vous etes trop loin de Grenoble, n&rsquo;hesitez pas \u00e0 vous faire une soir\u00e9e cin\u00e9ma entre potes, certains de ces films sont facilement t\u00e9l\u00e9chargeables.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dimanche 8 F\u00e9vrier \u00e0 20h<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-628 size-medium\" src=\"https:\/\/tardigrada.noblogs.org\/files\/2015\/02\/772718IShotAndyWarhol-210x300.jpg\" alt=\"772718IShotAndyWarhol\" width=\"210\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/tardigrada.noblogs.org\/files\/2015\/02\/772718IShotAndyWarhol-210x300.jpg 210w, https:\/\/tardigrada.noblogs.org\/files\/2015\/02\/772718IShotAndyWarhol.jpg 334w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/><\/p>\n<p>I shot Andy warhol de Mary Harron (1996) 1h43<\/p>\n<p>Marry Harron nous conte la rencontre fracassante de Solanas avec l&rsquo;intelligencia du grand Pop corn chaud et vengeance froide art qui s&rsquo;tare de critique sociale le cul bien au chaud dans la norme. On en causera longtemps aux comptoirs des l\u00e9gendes et des grandes histoires, quitte \u00e0 en d\u00e9biter du th\u00e9or\u00e8me sur la pertinence d&rsquo;en coller une au coin d&rsquo;la rate : en plomb ou en phalange ?<\/p>\n<p>Dimanche 22 F\u00e9vrier \u00e0 20H<\/p>\n<p>Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab (2011) 1h30<\/p>\n<p>Est\u00ad-il l\u00e9gitime qu&rsquo;une femme utilise des outils pour am\u00e9liorer sont quotidien ? Grande question toujours br\u00fblante apr\u00e8s 3000 ans de cogite masculine ! Une histoire vraie de vraie de celles qui s&rsquo;organisent et posent des actes et des questions avec la classe (sociale). &#8230;C&rsquo;est un gars qui fait le film et sauve la face avec le flic bienveillant. C&rsquo;est le c\u00f4t\u00e9 pas cr\u00e9dible ! Mais hein ! La perfection c&rsquo;est comme la mort \u00e7a emp\u00eache vachement de r\u00e9fl\u00e9chir. A plus dans le bus !<\/p>\n<p>Vendredi 13 Mars \u00e0 19h<\/p>\n<p>Monster de Patty Jenkins (2003) 1h51<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;Am\u00e9rique de d\u00e9but 90, c&rsquo;est l&rsquo;affolement dans les m\u00e9dia : Aileen Wuornos, prostitu\u00e9e sur les routes, lesbienne, est accus\u00e9e du meurtre par balle de sept hommes. Le film, \u00e0 gros budget et grosse audience, raconte l&rsquo;histoire de cette femme, qui finira par \u00eatre assassin\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tat pour n&rsquo;avoir pas pris de pincettes avec ses oppresseurs et ennemis. \u00ab On est dans un monde o\u00f9 les gens violent et tuent. Alors moi je les \u00e9limine \u00bb. Bam.<\/p>\n<p>Vendredi 20 Mars \u00e0 19h<\/p>\n<p>A question of silence de Marleen Gorris (1982) 1h32<\/p>\n<p>Ode \u00e0 la sororit\u00e9 sans faille dans la violence explosive contre l&rsquo;oppresseur et \u00e0 la jouissance qui en r\u00e9sulte, le film est un classique d&rsquo;une f\u00e9ministe hollandaise des ann\u00e9es 80. Trois femmes, qui ne se connaissent ni d&rsquo;Eve ni de Lilith, se retrouvent \u00e0 massacrer ensemble le patron d&rsquo;une boutique de fringues qui exer\u00e7ait un peu trop son pouvoir d&rsquo;homme. Du pur f\u00e9minisme, fou, jubilatoire, qui fait penser et agir.<\/p>\n<p>Les projections sont en non mixit\u00e9 meuf-\u00adgouine-\u00adtrans. Venez d\u00e9guster avec nous ces films servis uniquement avec du pop corn.<\/p>\n<p>A La Baf, Centre social autog\u00e9r\u00e9 2 chemin des alpins, Grenoble. Bus C3 16 et C5 <a href=\"mailto:labaf@gresille.org\">labaf@gresille.org<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Et quand nous parlons nous avons peur que nos mots ne soient pas entendus ni bienvenus, mais quand nous sommes silencieuses nous avons quand m\u00eame peur. 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