{"id":561,"date":"2014-11-25T14:24:00","date_gmt":"2014-11-25T13:24:00","guid":{"rendered":"http:\/\/tardigrada.noblogs.org\/?p=561"},"modified":"2014-11-25T14:33:57","modified_gmt":"2014-11-25T13:33:57","slug":"un-bout-dhistoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tardigrada.noblogs.org\/?p=561","title":{"rendered":"un bout d&rsquo;Histoire&#8230;"},"content":{"rendered":"<p class=\"titulo\"><span style=\"font-size: large\"><b>La place des lesbiennes dans le mouvement des femmes <\/b> *<\/span><\/p>\n<p class=\"autora\">Line Chamberland<\/p>\n<p class=\"subtitulo\">R\u00e9sum\u00e9 :<\/p>\n<p class=\"resumo\">Tout en jetant un regard r\u00e9trospectif sur sa trajectoire personnelle comme militante lesbienne et f\u00e9ministe, l&rsquo;auteure propose une r\u00e9flexion sur la place des lesbiennes dans le mouvement des femmes au Qu\u00e9bec depuis les derni\u00e8res d\u00e9cennies. Elle distingue trois p\u00e9riodes caract\u00e9ris\u00e9es par des articulations diff\u00e9rentes entre lesbianisme et f\u00e9minisme et rel\u00e8ve pour chacune des lieux de solidarit\u00e9s et de tensions : l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration de lesbiennes qui construit son identit\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence aux luttes politiques et id\u00e9ologiques du n\u00e9o-f\u00e9minisme des ann\u00e9es 1970, le d\u00e9veloppement subs\u00e9quent d&rsquo;un mouvement autonome de lesbiennes et le militantisme pragmatique des ann\u00e9es 1990. Elle conclut en \u00e9non\u00e7ant des pr\u00e9alables \u00e0 une r\u00e9elle ouverture du mouvement des femmes aux lesbiennes tout en s&rsquo;interrogeant sur la capacit\u00e9 du f\u00e9minisme \u00e0 penser le lesbianisme sans le d\u00e9sexualiser.<\/p>\n<p class=\"resumo\"><a href=\"https:\/\/tardigrada.noblogs.org\/files\/2014\/11\/Anna_Rueling.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-562\" src=\"https:\/\/tardigrada.noblogs.org\/files\/2014\/11\/Anna_Rueling-210x300.jpg\" alt=\"Anna_Rueling\" width=\"210\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/tardigrada.noblogs.org\/files\/2014\/11\/Anna_Rueling-210x300.jpg 210w, https:\/\/tardigrada.noblogs.org\/files\/2014\/11\/Anna_Rueling.jpg 220w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"texto\">Dans une conf\u00e9rence prononc\u00e9e \u00e0 Berlin en 1904, Anna Rueling appelait le mouvement homosexuel et le mouvement des femmes \u00e0 s&rsquo;entraider puisque tous deux luttaient pour la libre d\u00e9termination individuelle (Faderman et Eriksonn, 1980 : 81-91). Apr\u00e8s avoir soulign\u00e9 l&rsquo;importante contribution de femmes homosexuelles au mouvement international pour les droits des femmes, elle d\u00e9plorait que cet apport soit pass\u00e9 sous silence par les principales organisations f\u00e9ministes, lesquelles n&rsquo;avaient jamais non plus lev\u00e9 le petit doigt pour d\u00e9fendre les droits et le statut social de leurs membres dites \u00a0\u00bb uraniennes \u00ab\u00a0, selon le vocabulaire employ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. L&rsquo;argumentation de Rueling mettait l&#8217;emphase sur la masculinit\u00e9 qui particularise la femme homosexuelle et reprenait la th\u00e8se postulant l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00a0\u00bb troisi\u00e8me sexe \u00ab\u00a0, mise de l&rsquo;avant par Magnus Hirschfeld , selon laquelle il existerait naturellement, en sus des sexes m\u00e2le et femelle, une tierce cat\u00e9gorie comprenant tous ceux et celles dont les caract\u00e9ristiques physiques, les traits de personnalit\u00e9 ou les pr\u00e9f\u00e9rences sexuelles ne sont pas conformes aux attributs traditionnellement associ\u00e9s \u00e0 la masculinit\u00e9 et \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"texto\">La th\u00e9orie du troisi\u00e8me sexe repose sur une vision rigide et essentialiste des diff\u00e9rences li\u00e9es au genre et elle appara\u00eet aujourd&rsquo;hui largement d\u00e9pass\u00e9e. N\u00e9anmoins, je m&rsquo;\u00e9tonne encore de la pertinence, pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle plus tard, des observations nuanc\u00e9es de Rueling sur la participation des lesbiennes au mouvement des femmes, \u00e9vidente pour qui sait la percevoir mais dont le d\u00e9voilement suscite des r\u00e9ticences. Selon la conf\u00e9renci\u00e8re, si un tel mutisme paraissait compr\u00e9hensible alors que le mouvement comptait peu de \u00a0\u00bb converties \u00ab\u00a0, il devenait injustifiable dans un conjoncture o\u00f9 celui-ci avait acquis de la force et de la cr\u00e9dibilit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"texto\">Dans le cadre d&rsquo;une interrogation sur la capacit\u00e9 du mouvement contemporain des femmes \u00e0 accueillir les lesbiennes, je commencerai par reprendre \u00e0 mon compte certaines constatations de Rueling en les appliquant \u00e0 la deuxi\u00e8me vague du f\u00e9minisme apparue au Qu\u00e9bec \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960. Puisque ma r\u00e9flexion sur ce sujet est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 mon propre cheminement en tant que militante lesbienne et f\u00e9ministe depuis le milieu des ann\u00e9es 1970, j&rsquo;\u00e9voquerai quelques moments cl\u00e9s de ma trajectoire personnelle pour d\u00e9gager ensuite ce qui m&rsquo;appara\u00eet \u00eatre des conditions ou des pr\u00e9alables \u00e0 une r\u00e9elle int\u00e9gration des lesbiennes au sein du mouvement des femmes ainsi que les limites d&rsquo;une telle int\u00e9gration<\/p>\n<p class=\"texto\">Contrairement \u00e0 d&rsquo;autres femmes appartenant \u00e0 des groupes dits minoritaires, les lesbiennes sont partie prenante du mouvement des femmes auquel elles ont particip\u00e9 et participent encore en grand nombre, que ce soit comme simples sympathisantes, militantes engag\u00e9es, travailleuses, dirigeantes ou responsables politiques. Elles y ont exprim\u00e9 leur r\u00e9volte, leur col\u00e8re, leurs r\u00eaves, avec par moments plus d&rsquo;audace que leurs soeurs h\u00e9t\u00e9rosexuelles.<\/p>\n<p class=\"texto\">Dans leurs nombreux \u00e9crits th\u00e9oriques et politiques, elles ont nomm\u00e9, d\u00e9nonc\u00e9, analys\u00e9 l&rsquo;oppression que subissent les femmes, fournissant ainsi au mouvement des outils, des arguments et des armes id\u00e9ologiques. Je ne souhaite pas discuter ici de la part ou des m\u00e9rites des unes et des autres, ni ouvrir ou alimenter un contentieux entre f\u00e9ministes lesbiennes et f\u00e9ministes h\u00e9t\u00e9rosexuelles. Je ne partage pas non plus l&rsquo;opinion voulant que les lesbiennes se soient d\u00e9vou\u00e9es, voire sacrifi\u00e9es, pour des luttes qui n&rsquo;\u00e9taient pas les leurs. Lorsque des lesbiennes d\u00e9fendent le droit \u00e0 l&rsquo;avortement, elles se battent pour leur propre libert\u00e9, celle de disposer de leur corps. Lorsqu&rsquo;elles marchent contre la pauvret\u00e9 des femmes, c&rsquo;est pour avoir \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es, elles-m\u00eames ou dans leur entourage imm\u00e9diat, \u00e0 la difficult\u00e9 d&rsquo;assurer leur propre ind\u00e9pendance \u00e9conomique, qu&rsquo;elles vivent seules ou en couple, et cela, m\u00eame si les couples qu&rsquo;elles forment sont d\u00e9sormais reconnus. L&rsquo;argent rose, pour reprendre l&rsquo;expression r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9e afin de d\u00e9signer le pouvoir d&rsquo;achat de la client\u00e8le gaie, s&rsquo;accumule moins vite avec des salaires roses, c&rsquo;est-\u00e0-dire f\u00e9minins .<\/p>\n<p class=\"texto\">Constater que des lesbiennes ont, conjointement avec des h\u00e9t\u00e9rosexuelles, cr\u00e9\u00e9 et fa\u00e7onn\u00e9 le mouvement des femmes oblige \u00e0 formuler autrement la question de la diversit\u00e9 en ce qui les concerne. La pierre d&rsquo;achoppement ici n&rsquo;est pas l&rsquo;accessibilit\u00e9 du mouvement ou sa capacit\u00e9 \u00e0 rejoindre des lesbiennes mais plut\u00f4t la visibilit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 leur participation tant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du mouvement que dans ses interventions publiques. De ce point de vue surgissent plusieurs interrogations que l&rsquo;on pourrait appliquer au mouvement dans sa globalit\u00e9 et \u00e0 ses diverses composantes. La pr\u00e9sence des lesbiennes est-elle nomm\u00e9e et leur contribution reconnue? Leurs pr\u00e9occupations sont-elles discut\u00e9es? Les groupes de service tiennent-ils compte de leurs besoins sp\u00e9cifiques? Est-ce qu&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;histoire et \u00e0 la culture des lesbiennes? Des alliances sont-elles nou\u00e9es avec des groupes autonomes de lesbiennes et avec le mouvement gai? Quelle importance et quel appui le mouvement des femmes accorde-t-il aux revendications des lesbiennes? \u00c0 quelles revendications et de quelles lesbiennes? Y a-t-il des lieux pour en d\u00e9battre? L&rsquo;espace id\u00e9ologique f\u00e9ministe permet-il de se repr\u00e9senter les lesbiennes autrement que comme des femmes? Ou encore comme des femmes diff\u00e9renci\u00e9es par une caract\u00e9ristique somme toute secondaire, celle de leur orientation sexuelle?<\/p>\n<p class=\"texto\">Ces questions ont d\u00e9j\u00e0 suscit\u00e9 des tensions et moult d\u00e9bats parmi les f\u00e9ministes tant lesbiennes qu&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosexuelles. Tout d\u00e9pendant des conjonctures, la question lesbienne a \u00e9t\u00e9 tant\u00f4t occult\u00e9e ou \u00e9cart\u00e9e, tant\u00f4t prise en compte dans les analyses et les pratiques des groupes et des associations. En cons\u00e9quence, certaines lesbiennes se sont distanci\u00e9es d&rsquo;un f\u00e9minisme qu&rsquo;elles qualifiaient d&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosexiste. Le courant du lesbianisme radical d\u00e9veloppera la critique la plus articul\u00e9e et la plus v\u00e9h\u00e9mente du f\u00e9minisme, lequel, selon les tenantes de cette tendance politique, ne remet pas en cause le syst\u00e8me politique fond\u00e9 sur l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 (Turcotte, 1998). D&rsquo;autres lesbiennes ont continu\u00e9 de militer dans un mouvement o\u00f9 elles se sentaient relativement bien accept\u00e9es tout en faisant montre de discr\u00e9tion, d&rsquo;autres encore ont pris des initiatives visant \u00e0 d\u00e9finir les probl\u00e9matiques propres aux lesbiennes, \u00e0 adapter ou mettre sur pied des services appropri\u00e9s ou \u00e0 faire valoir des revendications les concernant . Dans ma propre d\u00e9marche identitaire et dans mes engagements militants, lesbianisme et f\u00e9minisme se sont articul\u00e9s diff\u00e9remment d&rsquo;une d\u00e9cennie \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p class=\"texto\"><b>La g\u00e9n\u00e9ration lesbienne-f\u00e9ministe<\/b><\/p>\n<p class=\"texto\">Comme des milliers de femmes au Qu\u00e9bec, dans le reste de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord et en Europe, je me suis identifi\u00e9e comme lesbienne-f\u00e9ministe au cours des ann\u00e9es 1970 (Echols, 1984; Faderman, 1991; Hildebran, 1998; Lamoureux, 1998a; Ross, 1995; Roy, 1985). \u00c0 partir d&rsquo;exp\u00e9riences et de circonstances similaires, touch\u00e9es par les mouvements f\u00e9ministe et gai, une bonne partie des lesbiennes de cette g\u00e9n\u00e9ration ont adopt\u00e9 des d\u00e9finitions d&rsquo;elles-m\u00eames, des sch\u00e9mas d&rsquo;interpr\u00e9tation de leurs attirances sexuelles et des visions du monde qui diff\u00e9raient radicalement des repr\u00e9sentations ant\u00e9rieures du lesbianisme. R\u00e9trospectivement, on peut consid\u00e9rer l&rsquo;\u00e9mergence du lesbianisme-f\u00e9ministe comme un mouvement social centr\u00e9 sur l&rsquo;affirmation identitaire (Stein, 1992, 1997). \u00c0 travers l&rsquo;engagement dans les luttes politiques et id\u00e9ologiques du f\u00e9minisme se sont op\u00e9r\u00e9es une s\u00e9rie de reconstructions de l&rsquo;identit\u00e9 lesbienne qui l&rsquo;ont sortie des cat\u00e9gorisations m\u00e9dicales et l&rsquo;ont rapproch\u00e9e de l&rsquo;universel tout en renversant ses connotations n\u00e9gatives. Selon cette nouvelle perspective, le lesbianisme n&rsquo;est plus vu comme un comportement sexuel pathologique stigmatis\u00e9 socialement mais comme une forme de r\u00e9sistance \u00e0 la domination patriarcale, une mise en pratique des id\u00e9aux f\u00e9ministes d&rsquo;ind\u00e9pendance et d&rsquo;autonomie par rapport aux hommes, un rejet des r\u00f4les sociaux impos\u00e9s accompagn\u00e9 d&rsquo;une qu\u00eate d&rsquo;authenticit\u00e9. Toute femme qui s&rsquo;engage dans une telle d\u00e9marche, qui \u00a0\u00bb s&rsquo;identifie-aux-femmes \u00a0\u00bb selon la formule qui fera \u00e9poque, peut devenir lesbienne . Aux cat\u00e9gories sexuelles (homosexualit\u00e9, h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9) qui ne servent qu&rsquo;\u00e0 renforcer les mod\u00e8les normatifs, on oppose donc une d\u00e9finition \u00e9largie du lesbianisme qui s&rsquo;accompagne d&rsquo;une valorisation, voire d&rsquo;une id\u00e9alisation, de ce style de vie.<\/p>\n<p class=\"texto\">Ce discours allait attirer des femmes dont les parcours amoureux, les identit\u00e9s et les attirances sexuelles variaient consid\u00e9rablement. Toutes ne deviendraient pas des militantes actives du mouvement des femmes. Pour ma part, je suis un pur produit de cette confluence entre le politique et le sexuel : le f\u00e9minisme avait profond\u00e9ment modifi\u00e9 mon regard sur les femmes et ouvert la possibilit\u00e9 du d\u00e9sir pour elles, tout en me fournissant des explications aux difficult\u00e9s rencontr\u00e9es jusque l\u00e0 dans mes relations avec les hommes. Jusqu&rsquo;au milieu des ann\u00e9es 1980, l&rsquo;amour des femmes et mon engagement f\u00e9ministe ne firent qu&rsquo;un dans mon identit\u00e9 personnelle et politique. Par prudence, selon les circonstances, selon les interlocuteurs et interlocutrices, j&rsquo;omettais le \u00a0\u00bb lesbienne \u00a0\u00bb pour ne conserver que le \u00a0\u00bb f\u00e9ministe \u00ab\u00a0. Je ne vivais pas ce demi-mensonge comme une compromission puisque c&rsquo;\u00e9tait le f\u00e9minisme qui donnait sens \u00e0 mes choix sexuels. Sens car c&rsquo;\u00e9tait lui qui les l\u00e9gitimait, qui les rendaient acceptables \u00e0 mes yeux et dans l&rsquo;image projet\u00e9e aux autres, qui leur donnait une certaine respectabilit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p class=\"texto\">Pour moi-m\u00eame, comme pour toute cette g\u00e9n\u00e9ration de lesbiennes, jeunes et instruites pour la plupart, le discours f\u00e9ministe &#8211; dont elles \u00e9taient, elles aussi, les \u00e9nonciatrices &#8211; a nourri une reconstruction de l&rsquo;identit\u00e9 individuelle et collective. L&rsquo;\u00e9tiquette de Lesbienne avait jusqu&rsquo;alors servi non seulement \u00e0 marginaliser celles qui ressentaient un attrait pour le m\u00eame sexe mais plus largement \u00e0 contr\u00f4ler toutes les femmes en construisant le genre f\u00e9minin, en \u00e9tablissant la fronti\u00e8re entre la femme normale, c&rsquo;est-\u00e0-dire f\u00e9minine, donc h\u00e9t\u00e9rosexuelle &#8211; cela va de soi &#8211; et celle anormale ou d\u00e9viante. Ainsi, cette \u00e9pith\u00e8te a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e \u00e9galement \u00e0 la femme frigide dont la froideur sexuelle \u00e9tait parfois attribu\u00e9e \u00e0 des pulsions homosexuelles latentes dans les discours m\u00e9dicaux et sexologiques, \u00e0 la prostitu\u00e9e qui serait motiv\u00e9e inconsciemment par une agressivit\u00e9 envers les hommes ou un d\u00e9sir de se convaincre de son h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9<\/p>\n<p class=\"texto\">Tout au long du si\u00e8cle, on peut noter \u00e9galement que la figure de l&rsquo;Invertie sexuelle puis celle de la Lesbienne englobent souvent la f\u00e9ministe. Ainsi, dans ses articles pamphl\u00e9taires d\u00e9non\u00e7ant les revendications des suffragettes, Henri Bourassa (1925) les qualifiait de \u00a0\u00bb femmes-hommes \u00ab\u00a0. Dans une critique du Deuxi\u00e8me Sexe de Simone de Beauvoir parue dans la revue Cit\u00e9 libre en 1957 &#8211; un des rares \u00e9chos donn\u00e9s \u00e0 cet ouvrage avant les ann\u00e9es 1960 -, le Dr. Dansereau voit dans la pr\u00e9sence d&rsquo;un chapitre sur \u00a0\u00bb La Lesbienne \u00a0\u00bb l&rsquo;indication que la th\u00e8se de l&rsquo;auteur \u00a0\u00bb semblerait aboutir, comme naturellement, \u00e0 l&rsquo;inversion \u00a0\u00bb .<\/p>\n<p class=\"texto\">Et l&rsquo;on se rappellera des invectives brandies pour d\u00e9nigrer les actions des n\u00e9o-f\u00e9ministes des ann\u00e9es 1970 et suivantes, du genre : \u00a0\u00bb C&rsquo;est rien qu&rsquo;une gang de maudites lesbiennes \u00ab\u00a0. Bien qu&rsquo;ils n&rsquo;en constituent que des illustrations, ces exemples montrent le caract\u00e8re central des cat\u00e9gories construites autour des pratiques sexuelles dans la d\u00e9finition et l&rsquo;imposition d&rsquo;un id\u00e9al de la f\u00e9minit\u00e9. Dans notre \u00e9lan de radicalisme, les insultes ne nous atteignaient gu\u00e8re et c&rsquo;est avec fiert\u00e9 que nous revendiquions l&rsquo;appellation de lesbienne. Nous avions, je crois, sous-estim\u00e9 la profondeur des divisions qui se cristalliseraient autour des questions sexuelles au sein m\u00eame du mouvement des femmes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"subtitulo\"><strong> Les d\u00e9chirements des ann\u00e9es 1980<\/strong><\/p>\n<p class=\"texto\">Le mouvement des lesbiennes s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9 du mouvement des femmes et a connu une effervescence consid\u00e9rable durant les ann\u00e9es 1980, caract\u00e9ris\u00e9e par la multiplication des espaces de rencontre et des lieux de parole, ainsi qu&rsquo;une abondante production culturelle (Demczuk et Remiggi, 1998 ). Cette d\u00e9cennie tr\u00e8s exaltante, rem\u00e9mor\u00e9e aujourd&rsquo;hui comme un \u00e2ge d&rsquo;or par certaines, \u00e9veille aussi en moi le souvenir du d\u00e9senchantement et de la d\u00e9sunion. En effet, le processus de red\u00e9finition de l&rsquo;identit\u00e9 lesbienne ne s&rsquo;est pas d\u00e9roul\u00e9 sans heurts : apr\u00e8s la ferveur des premi\u00e8res luttes, une fois dissous l&rsquo;espoir &#8211; avouons-le, utopique &#8211; de vaincre le patriarcat en quelques ann\u00e9es, de nombreuses divisions politiques et id\u00e9ologiques ont surgi qui opposaient entre elles les lesbiennes politis\u00e9es : celles de notre visibilit\u00e9 au sein du mouvement des femmes, du caract\u00e8re central ou secondaire de l&rsquo;obligation h\u00e9t\u00e9rosexuelle dans le processus de subordination de l&rsquo;ensemble des femmes, et donc des implications politiques de nos choix sexuels et des alliances \u00e0 maintenir ou non avec les f\u00e9ministes h\u00e9t\u00e9rosexuelles (Centre Lyonnais d&rsquo;\u00e9tudes F\u00e9ministes, 1989; Chamberland, 1989; Lamoureux, 1998; Roy, 1985; Turcotte, 1998;). Selon Stein (1992, 1997), le mouvement \u00e9tait victime de son propre succ\u00e8s : en \u00e9largissant la d\u00e9finition du lesbianisme, en brouillant les fronti\u00e8res, il a attir\u00e9 des femmes ayant des exp\u00e9riences de vie tr\u00e8s diverses, pour lesquelles le d\u00e9sir, la pratique sexuelle, l&rsquo;identit\u00e9 personnelle et la vision politique formaient des configurations vari\u00e9es. Face aux tensions g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, l&rsquo;on retrouve deux r\u00e9ponses divergentes : l&rsquo;une accentuant l&rsquo;universalit\u00e9 de la cat\u00e9gorie \u00a0\u00bb lesbienne \u00ab\u00a0, au risque de perdre sa sp\u00e9cificit\u00e9, notamment en la d\u00e9sexualisant (Calhoun,1996), l&rsquo;autre renfor\u00e7ant ses fronti\u00e8res par des prises de positions politiques qui la d\u00e9limitaient plus nettement, quitte \u00e0 exclure celles qui ne partageaient pas ce point de vue . Enfin, l&rsquo;intense politisation des espaces lesbiens autonomes a essouffl\u00e9 bon nombre de celles qui les ont fr\u00e9quent\u00e9s et fait rebrousser chemin \u00e0 celles moins ou pas du tout politis\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"texto\">De son c\u00f4t\u00e9, le mouvement f\u00e9ministe marquait des points, s&rsquo;institutionnalisait, se professionnalisait (Lamoureux, 1990, 1998). Son auditoire s&rsquo;\u00e9tait consid\u00e9rablement \u00e9largi et le pouvoir politique ne pouvait plus l&rsquo;ignorer. Mais encore fallait-il que les f\u00e9ministes composent avec. D&rsquo;une \u00e9poque o\u00f9 la contestation fusait de toutes parts, on \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 un climat politique plus conservateur, c&rsquo;\u00e9tait la d\u00e9cennie de l&rsquo;excellence o\u00f9 il fallait faire preuve de comp\u00e9tence et de mod\u00e9ration. Trop d\u00e9chirant, trop lourd \u00e0 porter sur la place publique, le sujet embarrassant du lesbianisme de m\u00eame que la r\u00e9flexion sur l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 en tant qu&rsquo;institution oppressive pour les femmes furent peu \u00e0 peu \u00e9vacu\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"texto\">Cette conjoncture rendait probl\u00e9matique la relation entre lesbianisme et f\u00e9minisme, ce qui allait d\u00e9clencher chez moi une prise de conscience, d&rsquo;abord sous la forme d&rsquo;un malaise puis d&rsquo;un questionnement aux ramifications multiples : pourquoi cette g\u00eane de m&rsquo;identifier comme lesbienne tout court, sans l&rsquo;aura f\u00e9ministe? Comment s&rsquo;exprimait ma solidarit\u00e9 avec les lesbiennes se situant en dehors du mouvement des femmes? Qu&rsquo;avions-nous au juste en commun? Est-ce que je ne subissais pas la m\u00eame r\u00e9pression en tant que lesbienne? Est-ce que je ne menais pas, moi aussi, une double vie, tout comme la plupart des lesbiennes et des gais : f\u00e9ministe au travail, dans le mouvement des femmes, et lesbienne le soir, dans ma vie priv\u00e9e, dans les bars? Si nous \u00e9tions soi-disant voisines dans le continuum de r\u00e9sistance lesbienne, pour reprendre la formule d&rsquo;Adrienne Rich (1980), comment expliquer que je connaisse si peu leur histoire, leur culture, leurs difficult\u00e9s de vie au quotidien? Un t\u00e9moignage de Joan Nestle (1981), cofondatrice des Archives lesbiennes de New York, m&rsquo;avait fortement interpell\u00e9e, dans lequel elle racontait son histoire personnelle tout en saluant le courage des lesbiennes butchs et fems qui avaient os\u00e9 vivre leurs amours dans les lieux publics bien avant le mont\u00e9e de la vague f\u00e9ministe. Nestle tentait d&rsquo;expliquer l&rsquo;univers des ces femmes, auquel elle avait elle-m\u00eame particip\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, \u00e0 un auditoire de lesbiennes-f\u00e9ministes qui le percevaient comme une reproduction des mod\u00e8les h\u00e9t\u00e9rosexuels. Cet \u00e9mouvant r\u00e9cit m&rsquo;a donn\u00e9 la mesure de la profondeur du m\u00e9pris dans lequel on tenait ces lesbiennes et ce \u00a0\u00bb on \u00a0\u00bb incluait bon nombre de lesbiennes-f\u00e9ministes. Il m&rsquo;incluait.<\/p>\n<p class=\"texto\">Cette d\u00e9marche me conduisit \u00e0 abandonner le trait d&rsquo;union entre lesbienne et f\u00e9ministe. De fusionn\u00e9s qu&rsquo;ils \u00e9taient, d\u00e9sormais, ces deux engagements devenaient distincts et il m&rsquo;appartenait de les articuler l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Je d\u00e9cidai de commencer par redresser la balance identitaire en consacrant mes \u00e9nergies \u00e0 reconstituer l&rsquo;histoire des lesbiennes au Qu\u00e9bec. Tout en poursuivant ma recherche, je m&rsquo;abreuvais aux \u00e9crits, pour la plupart en anglais, provenant du champ naissant des \u00e9tudes lesbiennes et gaies aux \u00c9tats-Unis et en Angleterre.<\/p>\n<p class=\"texto\">Les f\u00e9ministes h\u00e9t\u00e9rosexuelles et lesbiennes, et ces derni\u00e8res entre elles, s&rsquo;entre- d\u00e9chiraient sur des questions, surtout relatives \u00e0 la sexualit\u00e9, qui ne trouvaient que peu d&rsquo;\u00e9cho ni dans le mouvement f\u00e9ministe ni dans les universit\u00e9s qu\u00e9b\u00e9coises francophones. Je ne peux ici que les mentionner bri\u00e8vement. Les analyses f\u00e9ministes concernant la pornographie, le viol, la prostitution et l&rsquo;esclavage sexuel des femmes d\u00e9non\u00e7aient vigoureusement l&rsquo;exploitation sexuelle dont elles \u00e9taient les victimes et faisaient ressortir leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 sur ce plan. En focalisant sur une repr\u00e9sentation des femmes en tant que victimes sexuelles, elle mettaient de l&rsquo;avant une vision de leur sexualit\u00e9 qui fut jug\u00e9e r\u00e9ductrice par certaines f\u00e9ministes, principalement par celles dont les pratiques sexuelles s&rsquo;\u00e9cartaient des normes, soit des lesbiennes, des prostitu\u00e9es et d&rsquo;autres travailleuses du sexe (Bell, 1987; Healey, 1996; Snitow, Stansell et Thompson, 1984; Vance, 1984). Si la condamnation de la pornographie faisait consensus, la revendication de la censure privil\u00e9gi\u00e9e par une certaine orthodoxie f\u00e9ministe comme solution possible \u00e0 sa prolif\u00e9ration suscitait des r\u00e9serves. Que pouvaient en penser les lesbiennes, lesquelles \u00e9taient de plus en plus nombreuses \u00e0 souhaiter des repr\u00e9sentations explicites de leur sexualit\u00e9, susceptibles d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9es pornographiques selon les canons en vigueur et donc objets de censure ?<\/p>\n<p class=\"texto\">Enfin, les analyses de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosexisme comme fondement id\u00e9ologique et institutionnel de la hi\u00e9rarchisation des sexes se raffinaient et suscitaient de nouveaux d\u00e9bats, notamment avec l&rsquo;\u00e9mergence du courant queer, mais le point de vue f\u00e9ministe s&rsquo;y trouvait souvent ignor\u00e9, voire malmen\u00e9 (Chamberland, 1997; Malinowitz, 1996; Zimmerman, 1996). Plus la d\u00e9cennie avan\u00e7ait, plus je me sentais distante par rapport au mouvement f\u00e9ministe d&rsquo;ici, tout en me r\u00e9jouissant de ses avanc\u00e9es dans de multiples secteurs \u00e9conomiques, sociaux et politiques. Je suis parvenue \u00e0 me m\u00e9nager des alliances dans les milieux universitaires, suffisamment pour mener \u00e0 bien mon projet de recherche. Mais j&rsquo;y tra\u00eenais ce que j&rsquo;appelle mon garde-robe de verre dans lequel je laissais de c\u00f4t\u00e9 nombre de ces questions.<\/p>\n<p class=\"subtitulo\"><b>Les ann\u00e9es 1990 : visibilit\u00e9 et reconnaissance sociale<\/b><\/p>\n<p class=\"texto\">Les ann\u00e9es 1990 ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par une plus grande visibilit\u00e9 des gais et des lesbiennes dans l&rsquo;espace public, notamment dans l&rsquo;espace urbain avec le d\u00e9veloppement du Village gai et les manifestations annuelles de Divers-Cit\u00e9 (Demczuk et Remiggi, 1998 : 399-405; Higgins : 125-131). Le mouvement associatif se ramifie et se consolide. Toute une s\u00e9rie de groupes et d&rsquo;organismes se mettent sur pied, sur la base d&rsquo;affinit\u00e9s ou d&rsquo;activit\u00e9s partag\u00e9es dans les domaines les plus divers : loisirs sportifs et culturels, fr\u00e9quentation d&rsquo;un m\u00eame milieu scolaire, exp\u00e9rience v\u00e9cue ou anticip\u00e9e de la parentalit\u00e9, revendications syndicales, origine ethnique commune, appartenance \u00e0 un strate d&rsquo;\u00e2ge, etc.<\/p>\n<p class=\"texto\">Ces regroupements se pr\u00e9sentent le plus souvent comme \u00e9tant mixtes bien que les lesbiennes y soient fr\u00e9quemment sous-repr\u00e9sent\u00e9es. Celles-ci forment \u00e9galement des r\u00e9seaux non mixtes autour de pr\u00e9occupations circonscrites, tels que des regroupements de femmes d&rsquo;affaires ou d&rsquo;amatrices de plein air. Faisant suite \u00e0 la vague am\u00e9ricaine, les repr\u00e9sentations des m\u00e9dias qu\u00e9b\u00e9cois font place aux lesbiennes, ainsi que l&rsquo;attestent les t\u00e9moignages parus dans la plupart des magazines f\u00e9minins vers le milieu de la d\u00e9cennie. Des films qui les mettent en sc\u00e8ne, comme Gazon Maudit, rejoignent un vaste public (Nadeau, 1997).<\/p>\n<p class=\"texto\">\u00a0 Le mouvement gai occupe \u00e9galement l&rsquo;espace politique et met de l&rsquo;avant des revendications principalement ax\u00e9es sur la d\u00e9nonciation de la discrimination envers les personnes homosexuelles et la reconnaissance de leurs droits. Dans sa tendance majoritaire et \u00e0 travers ses leaders les plus influents, ce mouvement met de l&rsquo;avant une pens\u00e9e r\u00e9formiste visant la reconnaissance des gais et des lesbiennes sur tous les plans, social, juridique, \u00e9conomique et politique. Le radicalisme des d\u00e9cennies ant\u00e9rieures est \u00e9cart\u00e9 au profit d&rsquo;une volont\u00e9 d&rsquo;int\u00e9gration aux structures familiales et sociales existantes.<\/p>\n<p class=\"texto\">Suite \u00e0 l&rsquo;effritement du mouvement des lesbiennes, celles-ci se retrouvent divis\u00e9es. Certaines d&rsquo;entre elles se sont regroup\u00e9es dans des coalitions ad hoc, par exemple lors des audiences publiques de la Commission des droits de la personne sur la violence et la discrimination envers les gais et les lesbiennes en 1993. D&rsquo;autres se sont jointes au mouvement gai mixte ou s&rsquo;y sont alli\u00e9es de mani\u00e8re occasionnelle. Des plus jeunes se sont identifi\u00e9es \u00e0 la tendance queer. D&rsquo;autres ont continu\u00e9 de s&rsquo;investir dans le mouvement f\u00e9ministe et elles sont de plus en plus nombreuses \u00e0 y faire valoir les points de vue des lesbiennes. Depuis 1995 a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 un Comit\u00e9 pour la reconnaissance des lesbiennes \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration des femmes du Qu\u00e9bec et r\u00e9cemment, la Marche mondiale des femmes ent\u00e9rinait deux revendications concernant les droits des lesbiennes (Demczuk, 2000).<\/p>\n<p class=\"texto\">En 1996, des lesbiennes ont cherch\u00e9 \u00e0 relancer un mouvement autonome en mettant sur pied une association provinciale ouverte \u00e0 la diversit\u00e9, le R\u00e9seau des lesbiennes du Qu\u00e9bec\/Quebec Lesbian Network. Enfin, une large coalition issue des mouvements gai, lesbien, syndical et f\u00e9ministe a donn\u00e9 un appui d\u00e9cisif aux demandes concernant la reconnaissance des conjoints et conjointes de m\u00eame sexe.<\/p>\n<p class=\"texto\">Dans l&rsquo;ensemble, on peut observer que plusieurs lesbiennes ont r\u00e9orient\u00e9 leur militantisme au cours de cette d\u00e9cennie en se concentrant sur des objectifs pragmatiques et en nouant des alliances ponctuelles.<\/p>\n<p class=\"texto\">C&rsquo;est mon cas. Par exemple, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, je me suis engag\u00e9e au plan syndical \u00e0 la CSN afin de participer \u00e0 la mise sur pied d&rsquo;un comit\u00e9 qui allait enqu\u00eater sur la discrimination sur la base de l&rsquo;orientation sexuelle en milieu de travail et d\u00e9fricher le terrain des revendications sur la reconnaissance des couples de m\u00eame sexe. \u00c0 travers diverses r\u00e9alisations et collaborations dans le milieu universitaire, j&rsquo;ai tent\u00e9 de favoriser l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un champ d&rsquo;\u00e9tudes sur les homosexualit\u00e9s. Au-del\u00e0 du choc que suscite le passage d&rsquo;une culture militante lesbienne et f\u00e9ministe \u00e0 un univers \u00e0 pr\u00e9dominance masculine o\u00f9 la vie d\u00e9mocratique interne et les rapports de pouvoir externes se jouent d&rsquo;une mani\u00e8re fort diff\u00e9rente, les alliances avec le mouvement gai offrent comme principal avantage de cibler des objectifs concrets visant \u00e0 faire avancer en priorit\u00e9 la cause des lesbiennes et des gais, et cela, m\u00eame si les lesbiennes y sont en minorit\u00e9 et doivent se battre pour y amener leurs revendications propres comme celles relatives \u00e0 la maternit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"texto\">Au terme de ce cheminement, j&rsquo;ai perdu plusieurs certitudes mais celles que j&rsquo;ai acquises m&rsquo;apparaissent incontournables. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;aimerais vous en faire part.<\/p>\n<p class=\"texto\">1- Les lesbiennes ne forment pas un groupe homog\u00e8ne elles se distinguent les unes des autres par leurs exp\u00e9riences de vie, selon le contexte social dans lequel elles ont eu \u00e0 affirmer leur diff\u00e9rence, par leur fa\u00e7on de construire leur identit\u00e9 comme lesbiennes, c&rsquo;est-\u00e0-dire de nommer leurs d\u00e9sirs sexuels, de les concevoir, de les expliquer, face \u00e0 elles-m\u00eames et face aux autres, de les ext\u00e9rioriser dans leur apparence et leur mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre, de les articuler \u00e0 d&rsquo;autres facettes de leur identit\u00e9 personnelle.<\/p>\n<p class=\"texto\">Elle se diff\u00e9rencient encore par leur situation \u00e9conomique, leur insertion en termes de classe sociale et d&rsquo;ethnicit\u00e9, leur rapport avec leur famille d&rsquo;origine, leur statut parental selon qu&rsquo;elles aient ou non des enfants, selon que ceux-ci soient issus d&rsquo;un mariage h\u00e9t\u00e9rosexuel ou d&rsquo;une union avec une autre femme et bien d&rsquo;autres facteurs. Elles sont \u00e9galement divis\u00e9es selon leurs visions et leurs all\u00e9geances politiques. Rappelons par exemple que la revendication de la reconnaissance des conjoints et conjointes de m\u00eame sexe ne faisait pas et ne fait toujours pas l&rsquo;unanimit\u00e9 parmi elles. La difficult\u00e9 ne r\u00e9side pas tant dans l&rsquo;absence de consensus que dans le manque de lieux de d\u00e9bats, vu l&rsquo;affaiblissement du mouvement autonome des lesbiennes et leur position de minoritaires tant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du mouvement des femmes que dans le mouvement gai. Qui prend le leadership de d\u00e9finir leurs revendications? Leurs priorit\u00e9s de lutte? Pendant ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l&rsquo;agenda a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini par le mouvement gai, plus pr\u00e9cis\u00e9ment par la tendance r\u00e9formiste qui pr\u00e9domine au sein de ce mouvement. Le mouvement des femmes ne peut \u00e9videmment pas pallier \u00e0 la difficult\u00e9 de regroupement et de mobilisation des lesbiennes autour d&rsquo;objectifs d\u00e9finis par elles. Il doit \u00e0 tout le moins \u00eatre conscient de cette difficult\u00e9 et favoriser les processus de d\u00e9mocratisation des discussions en son sein et dans les coalitions o\u00f9 il est pr\u00e9sent.<\/p>\n<p class=\"texto\">En son temps, l&rsquo;appel d&rsquo;Anna Rueling a fini par porter fruit. En effet, en 1910, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s sa conf\u00e9rence, alors qu&rsquo;on discutait l&rsquo;adoption d&rsquo;un nouveau code p\u00e9nal en Allemagne qui aurait eu pour effet de criminaliser les relations sexuelles entre deux femmes, les organisations f\u00e9ministes se sont mobilis\u00e9es et, conjointement avec le mouvement homosexuel, ont fait reculer les l\u00e9gislateurs (Faderman et Eriksson, 1980 : iv-v). Tout comme \u00e0 cette \u00e9poque, il est sans doute plus facile pour les lesbiennes participant au mouvement des femmes de solliciter et d&rsquo;obtenir son appui aux revendications des lesbiennes (et des gais) dans une conjoncture o\u00f9 le mouvement homosexuel s&rsquo;affirme lui-m\u00eame fortement sur la place publique et jouit d&rsquo;une certaine popularit\u00e9. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 que des lesbiennes s&rsquo;impliquent dans les deux mouvements.<\/p>\n<p class=\"texto\">2- La pr\u00e9sence de lesbiennes au sein du mouvement des femmes est porteused&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 puisque celles-ci y participent le plus souvent comme femmes et sur la base d&rsquo;une id\u00e9ologie f\u00e9ministe. Pr\u00e9tendre \u00eatre ouvertes \u00e0 toutes les femmes sans distinction, incluant les lesbiennes, sans que cela ne se traduise concr\u00e8tement dans les pratiques, m&rsquo;appara\u00eet un leurre. Il m&rsquo;appara\u00eet n\u00e9cessaire qu&rsquo;un mouvement qui se veut inclusif prenne en compte de mani\u00e8re explicite les r\u00e9alit\u00e9s et les perspectives lesbiennes dans les discours, les revendications et les services offerts. C&rsquo;est l\u00e0 une entreprise amorc\u00e9e certes mais qui doit encore \u00eatre \u00e9tendue \u00e0 l&rsquo;ensemble des composantes du mouvement, sur les diff\u00e9rents terrains d&rsquo;intervention et de luttes (B\u00e9langer, 2000). La poursuite d&rsquo;un tel d\u00e9fi n&rsquo;ira pas sans g\u00e9n\u00e9rer sa part de tensions puisque la question du lesbianisme demeure, \u00e0 mon avis, un sujet potentiellement implosif \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du mouvement malgr\u00e9 les progr\u00e8s des derni\u00e8res ann\u00e9es. Il faudra prendre le temps de dire les craintes, cr\u00e9er un climat s\u00e9curitaire pour les unes et les autres, respecter les rythmes, comprendre les divergences et surtout de vivre avec, c&rsquo;est-\u00e0-dire ne pas forcer des consensus artificiels. Je partage \u00e9galement les interrogations de Calhoun (1996) quant \u00e0 la possibilit\u00e9 de repr\u00e9senter les lesbiennes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la pens\u00e9e f\u00e9ministe alors que celle-ci tend \u00e0 les d\u00e9finir comme \u00e9tant essentiellement des femmes et \u00e0 d\u00e9sexualiser le lesbianisme.<\/p>\n<p class=\"texto\">3- L&rsquo;identit\u00e9 et la culture lesbiennes-f\u00e9ministes dont je suis issue sont le produit d&rsquo;un moment historique particulier. Tout au long du XXe si\u00e8cle, diff\u00e9rentes conceptions de l&rsquo;homosexualit\u00e9 masculine et f\u00e9minine ont \u00e9merg\u00e9, se sont concurrenc\u00e9es, ont coexist\u00e9, se sont chevauch\u00e9es ou contredites (Sedgwick, 1990). Ces conceptions touchent au c\u0153ur m\u00eame de la construction de la sexualit\u00e9, des genres (de ce qui est d\u00e9fini comme le masculin et le f\u00e9minin) et des classes de sexe : quelles sont les fronti\u00e8res qui d\u00e9finissent les comportements sexuels acceptables, tol\u00e9r\u00e9s et interdits? Comment sont cat\u00e9goris\u00e9s les d\u00e9sirs sexuels? Quels liens y a-t-il entre ces cat\u00e9gories du d\u00e9sir et la construction de la masculinit\u00e9 et de la f\u00e9minit\u00e9? Les homosexuels et les lesbiennes forment-ils une minorit\u00e9 distincte, anodine, portant peu \u00e0 cons\u00e9quence, comparable \u00e0 la limite \u00e0 celles des gauchers? Ou y a-t-il chez les \u00eatres humains un continuum de comportements sexuels, tout un spectre de sexualit\u00e9s et d&rsquo;identit\u00e9s qui se pr\u00eatent \u00e0 plusieurs configurations?<\/p>\n<p class=\"texto\">Les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions ne sont pas de l&rsquo;ordre de l&rsquo;\u00e9vidence. Elles sont l&rsquo;enjeu de luttes au cours desquelles des cat\u00e9gories, des d\u00e9finitions, des identit\u00e9s sont produites, contest\u00e9es, reprises et modifi\u00e9es. Ainsi, des lesbiennes se sont appropri\u00e9es le mod\u00e8le de l&rsquo;Invertie sexuelle au d\u00e9but du si\u00e8cle : ce mod\u00e8le qui associait le fait de ressentir de l&rsquo;attrait pour une femme \u00e0 une forme de masculinisation leur permettait de nommer explicitement leur d\u00e9sir sexuel dans un contexte o\u00f9 le d\u00e9sir ne pouvait \u00eatre que masculin, les femmes \u00e9tant r\u00e9put\u00e9es ne pas en avoir. D&rsquo;autres se sont distanci\u00e9es de ce mod\u00e8le car il associait leur d\u00e9sir \u00e0 une forme d&rsquo;anormalit\u00e9, voire de pathologie.<\/p>\n<p class=\"texto\">De nos jours, le paradigme dominant pour concevoir l&rsquo;homosexualit\u00e9 est celui de l&rsquo;orientation sexuelle, lequel dissocie l&rsquo;attirance sexuelle des autres composantes de l&rsquo;identit\u00e9 personnelle. Ce mod\u00e8le, qui s&rsquo;est impos\u00e9 \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960, assimile l&rsquo;homosexualit\u00e9 \u00e0 un trait personnel irr\u00e9versible plut\u00f4t qu&rsquo;un trouble de la personnalit\u00e9 (Hurteau, 1991). Cette vision a \u00e9t\u00e9 bien accueillie dans le mouvement gai car elle permettait de pr\u00e9senter l&rsquo;homosexualit\u00e9 comme une caract\u00e9ristique parmi d&rsquo;autres, une diff\u00e9rence accidentelle et de d\u00e9noncer un traitement diff\u00e9rent ou discriminant en fonction de l&rsquo;orientation sexuelle. Les militants l&rsquo;ont reprise pour r\u00e9clamer d&rsquo;abord plus de tol\u00e9rance envers les homosexuels et plus r\u00e9cemment, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 certaines formes de reconnaissance sociale et institutionnelle.<\/p>\n<p class=\"texto\">Ce paradigme se pr\u00eate \u00e0 plusieurs lectures et interpr\u00e9tations, ce qui explique sans doute sa pr\u00e9gnance. Selon moi, cette vision donne parfois lieu \u00e0 des interpr\u00e9tations tr\u00e8s r\u00e9ductrices en isolant l&rsquo;orientation sexuelle de ses facettes psychologiques, sociales et politiques. Par exemple, en la consid\u00e9rant inn\u00e9e, on ram\u00e8nera dans l&rsquo;ordre de la nature la diff\u00e9rence accidentelle que constituerait l&rsquo;homosexualit\u00e9, pr\u00e9servant ainsi intacte l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une attirance et d&rsquo;une compl\u00e9mentarit\u00e9 naturelle entre hommes et femmes. Ou encore, \u00e0 force de vouloir d\u00e9montrer que les lesbiennes et les homosexuels sont comme tout le monde, on finit par gommer leur histoire, leur culture propre, leurs identit\u00e9s multiples. Ces discours r\u00e9ducteurs escamotent toute interrogation sur les cat\u00e9gories de sexe et de genre, sur l&rsquo;oppression h\u00e9t\u00e9rosexiste en tant que syst\u00e8me id\u00e9ologique et institutionnel et m\u00e8nent \u00e0 un droit \u00e0 la diff\u00e9rence \u00e9triqu\u00e9 et conservateur qui n&rsquo;a pour objectif qu&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;adaptations de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 nous et de nous \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p class=\"texto\">Chez les lesbiennes elles-m\u00eames, les aspirations \u00e0 voir leurs modes de vie reconnus, \u00e0 ne pas \u00eatre constamment marginalis\u00e9es c\u00f4toient et concurrencent le refus de l&rsquo;ordre impos\u00e9 des sexualit\u00e9s et des genres, ainsi que le rejet d&rsquo;une normalit\u00e9 si \u00e9troitement d\u00e9finie qu&rsquo;elle \u00e9toufferait leur r\u00e9volte et leur cr\u00e9ativit\u00e9, qu&rsquo;elle banaliserait leur diff\u00e9rence prise ici au sens d&rsquo;une rupture par rapport aux femmes h\u00e9t\u00e9rosexuelles, d&rsquo;un refus d&rsquo;\u00eatre des femmes au sens social du terme, lequel constitue la base d&rsquo;une transformation individuelle et sociale. Cette tension, pour autant que nous puissions le pr\u00e9voir, va continuer \u00e0 porter le mouvement des lesbiennes encore longtemps.<\/p>\n<p class=\"subtitulo\"><b>R\u00e9f\u00e9rences<\/b><\/p>\n<p class=\"texto\">B\u00c9LANGER, Diane. (2000). Les droits clandestins. Les enjeux de l&rsquo;int\u00e9gration des lesbiennes dans les organismes communautaires intervenant aupr\u00e8s des femmes. Enqu\u00eate men\u00e9e aupr\u00e8s d&rsquo;organismes dans trois r\u00e9gions du Qu\u00e9bec : la Mont\u00e9r\u00e9gie, l&rsquo;Outaouais et le Centre du Qu\u00e9bec, pour le compte du R\u00e9seau des lesbiennes du Qu\u00e9bec\/Quebec Lesbian Network, gr\u00e2ce \u00e0 une contribution de Condition f\u00e9minine Canada, Montr\u00e9al.<\/p>\n<p class=\"texto\">BELL, Laurie (dir.). (1987). Good Girls, Bad Girls. Sex Trade Workers and Feminists Face to Face. Toronto, The Women&rsquo;s Press.<\/p>\n<p class=\"texto\">BOURASSA, Henri. (1925). Femmes-hommes ou hommes et femmes? \u00c9tudes \u00e0 b\u00e2tons rompus sur le f\u00e9minisme. Montr\u00e9al, Imprimerie du Devoir.<\/p>\n<p class=\"texto\">CALHOUN, Cheshire. (1996). \u00a0\u00bb The Gender Closet : Lesbian Disappearance under the Sign &lsquo;Women&rsquo; \u00ab\u00a0, in Martha VICINUS (dir.), Lesbian Subjects. A Feminist Studies Reader. Bloomington et Indianapolis, Indiana University Press : 209-232.<\/p>\n<p class=\"texto\">CENTRE LYONNAIS D&rsquo;\u00c9TUDES F\u00c9MINISTES. (1989). Chronique d&rsquo;une passion. Le Mouvement de Lib\u00e9ration des Femmes \u00e0 Lyon. Paris, L&rsquo;Harmattan.<\/p>\n<p class=\"texto\">CHAMBERLAND, Line. (1989). \u00a0\u00bb Le lesbianisme : continuum f\u00e9minin ou marronnage? R\u00e9flexions f\u00e9ministes pour une th\u00e9orisation de l&rsquo;exp\u00e9rience lesbienne \u00ab\u00a0, Recherches f\u00e9ministes. Vol. 2, no 2 : 135-146.<\/p>\n<p class=\"texto\">________ (1997). \u00a0\u00bb Du fl\u00e9au social au fait social. L&rsquo;\u00e9tude des homosexualit\u00e9s \u00ab\u00a0, Sociologie et soci\u00e9t\u00e9s. Vol. 19, no 1 : 5-20.<\/p>\n<p class=\"texto\">DEMCZUK, Ir\u00e8ne. (2000). \u00a0\u00bb Marcher pour le droit des lesbiennes \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 \u00ab\u00a0, Recherches f\u00e9ministes.Vol. 13, no. 1 : 131-144.<\/p>\n<p class=\"texto\">DEMCZUK, Ir\u00e8ne et Frank W. REMIGGI (dir.). (1998). Sortir de l&rsquo;ombre. Histoires des communaut\u00e9s lesbienne et gai de Montr\u00e9al. Montr\u00e9al, vlb \u00e9diteur.<\/p>\n<p class=\"texto\">ECHOLS, Alice. (1984). \u00a0\u00bb The Taming of the Id : Feminist Sexual Politics, 1968-1983. \u00ab\u00a0, in Carole S. VANCE (dir.), Pleasure and Danger. Exploring Female Sexuality. Boston, Routledge et Kegan Paul : 50-72.<\/p>\n<p class=\"texto\">FADERMAN, Lillian. (1991). Odd Girls and Twilight Lovers. A History of Lesbian Life in Twentieth-Century America. New York, Penguin.<\/p>\n<p class=\"texto\">FADERMAN, Lillian et Brigitte ERIKSSON (dir.). (1980). Lesbian-Feminism in Turn-of-the-century Germany. Waetherby Lake (MI), Naiad Press, 1980. Voir en particulier la conf\u00e9rence d&rsquo;Anna RUELING (1904). \u00a0\u00bb What Interest does the Women&rsquo;s Movement Have in the Homosexual Question? \u00a0\u00bb : 81-91.<\/p>\n<p class=\"texto\">HEALEY, Emma. (1996). Lesbian Sex Wars. Londres, Virago.<\/p>\n<p class=\"texto\">HIGGINS, Ross. (1998). \u00a0\u00bb De la lib\u00e9ration gaie \u00e0 la th\u00e9orie queer \u00ab\u00a0, in Diane LAMOUREUX, Les limites de l&rsquo;identit\u00e9 sexuelle. Montr\u00e9al, \u00e9ditions du remue-m\u00e9nage : 109-133.<\/p>\n<p class=\"texto\">HILDEBRAN, Andrea. (1998). \u00a0\u00bb Gen\u00e8se d&rsquo;une communaut\u00e9 lesbienne : un r\u00e9cit des ann\u00e9es 1970 \u00ab\u00a0, in Ir\u00e8ne DEMCZUK et Frank W. REMIGGI (dir.), Sortir de l&rsquo;ombre. Histoires des communaut\u00e9s lesbienne et gai de Montr\u00e9al. Montr\u00e9al, vlb \u00e9diteur : 207-233.<\/p>\n<p class=\"texto\">HURTEAU, Pierre. (1991) \u00a0\u00bb Homosexualit\u00e9, religion et droit au Qu\u00e9bec. Une approche historique \u00ab\u00a0. Montr\u00e9al, th\u00e8se de doctorat, D\u00e9partement de religion, Universit\u00e9 Concordia. Voir en particulier les chapitres 4 et 5.<\/p>\n<p class=\"texto\">LAMOUREUX, Diane. (1990). \u00a0\u00bb Les services f\u00e9ministes : de l&rsquo;autonomie \u00e0 l&rsquo;extension de l&rsquo;\u00c9tat providence \u00ab\u00a0, Nouvelles pratiques sociales. Vol. 3, no 2 : 33-43.<\/p>\n<p class=\"texto\">________ (1998a). \u00a0\u00bb La question lesbienne dans le f\u00e9minisme montr\u00e9alais : un chass\u00e9-crois\u00e9 \u00ab\u00a0, in Ir\u00e8ne DEMCZUK et Frank W. REMIGGI (dir.), Sortir de l&rsquo;ombre. Histoires des communaut\u00e9s lesbienne et gai de Montr\u00e9al. Montr\u00e9al, vlb \u00e9diteur : 167-185.<\/p>\n<p class=\"texto\">________ (1998b). \u00a0\u00bb Agir sans \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0, in Diane LAMOUREUX, Les limites de l&rsquo;identit\u00e9 sexuelle. Montr\u00e9al, \u00e9ditions du remue-m\u00e9nage : 87-108.<br \/>\nMALINOWITZ, Judith. (1996). \u00a0\u00bb Lesbian Studies and Postmodern Queer Theory \u00ab\u00a0, dans Bonnie ZIMMERMAN et Toni A. H. MCNARON (dir.), The New Lesbian Studies. Into the Twenty-First Century. New York, Feminist Press : 262-268.<\/p>\n<p class=\"texto\">NADEAU, Chantale. (1997). \u00a0\u00bb Sexualit\u00e9 et espace public : visibilit\u00e9 lesbienne dans le cin\u00e9ma r\u00e9cent \u00ab\u00a0, Sociologie et soci\u00e9t\u00e9s. Vol. 19, no 1 : 113-128.<\/p>\n<p class=\"texto\">NESTLE, Joan. (1981). \u00a0\u00bb Butch-Fem Relationships. Sexual Courage in the 1950&rsquo;s \u00ab\u00a0, Heresies, no 12 : 21-24. Reproduit dans A Restricted Country, New York, Firebrand Books, 1987 : 100-109.<\/p>\n<p class=\"texto\">RICH, Adrienne. (1981). \u00a0\u00bb La contrainte \u00e0 l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 et l&rsquo;existence lesbienne \u00ab\u00a0, Nouvelles questions f\u00e9ministes, vol. 1 : 15-43. Traduit de l&rsquo;anglais.<\/p>\n<p class=\"texto\">ROSS, Becki L. (1995). The House That Jill Built. A Lesbian Nation in Formation. Toronto, University of Toronto Press.<br \/>\nROY, Carolle. (1985). Les lesbiennes et le f\u00e9minisme. Montr\u00e9al, Albert Saint-Martin.<\/p>\n<p class=\"texto\">SEDGWICK, Eve Kosofsky. (1990). The Epistemology of the Closet. Berkeley, University of California Press.<\/p>\n<p class=\"texto\">SNITOW, Ann, Christine STANSELL et Sharon THOMPSON (dir.). (1983). Powers of Desire. The Politics of sexuality. New York, Monthly Review Press.<\/p>\n<p class=\"texto\">STEIN, Arlene. (1992). \u00ab\u00a0Sisters and Queers: The Decentering of Lesbian Feminism\u00a0\u00bb. Socialist Review. Vol. 22, no 1 : 33-55.<\/p>\n<p class=\"texto\">_______ (1997). Sex and Sensibility. Stories of A Lesbian Generation. Berkeley et Los Angeles, University of California Press.<\/p>\n<p class=\"texto\">TURCOTTE, Louise. (1998). \u00a0\u00bb Itin\u00e9raire d&rsquo;un courant politique : le lesbianisme radical au Qu\u00e9bec \u00ab\u00a0, in Ir\u00e8ne DEMCZUK et Frank W. REMIGGI (dir.), Sortir de l&rsquo;ombre. Histoires des communaut\u00e9s lesbienne et gai de Montr\u00e9al. Montr\u00e9al, vlb \u00e9diteur : 363-398.<\/p>\n<p class=\"texto\">VANCE, Carole (dir.). (1984). Pleasure and Danger. Exploring Female Sexuality, Boston, Rouledge et Kegan Paul.<\/p>\n<p class=\"texto\">ZIMMERMAN, Bonnie. (1996). \u00a0\u00bb Placing Lesbians \u00ab\u00a0, dans Bonnie ZIMMERMAN et Toni A. H. MCNARON (dir.), The New Lesbian Studies. Into the Twenty-First Century. New York, Feminist Press : 269-275.<\/p>\n<p><b>Notice biographique<\/b><\/p>\n<p class=\"texto\"><b>Line Chamberland <\/b> enseigne la sociologie au C\u00e9gep de Maisonneuve. Elle a publi\u00e9 M\u00e9moires lesbiennes. Le lesbianisme \u00e0 Montr\u00e9al entre 1950 et 1972 (Remue-m\u00e9nage, 1996) et dirig\u00e9 en 1997 un num\u00e9ro de la revue Sociologie et soci\u00e9t\u00e9s sur le th\u00e8me \u00a0\u00bb Homosexualit\u00e9s : enjeux scientifiques et militants \u00ab\u00a0. Professeure associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Institut de recherches et d&rsquo;\u00e9tudes f\u00e9ministes de l&rsquo;UQAM, elle m\u00e8ne actuellement une recherche sur l&rsquo;adaptation des services sociaux et de sant\u00e9 aux besoins et aux r\u00e9alit\u00e9s des lesbiennes \u00e2g\u00e9es en collaboration avec l&rsquo;Association de recherche IREF\/Relais-femmes et le R\u00e9seau des lesbiennes du Qu\u00e9bec\/Quebec Lesbian Network.<br \/>\nCoordonn\u00e9es : D\u00e9partement des sciences sociales, C\u00e9gep de Maisonneuve, 3800 Sherbrooke est, Montr\u00e9al, H2V 3W9. Courriel : line.chamberland@arobas.net<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La place des lesbiennes dans le mouvement des femmes * Line Chamberland R\u00e9sum\u00e9 : Tout en jetant un regard r\u00e9trospectif sur sa trajectoire personnelle comme militante lesbienne et f\u00e9ministe, l&rsquo;auteure propose une r\u00e9flexion sur la place des lesbiennes dans le mouvement des femmes au Qu\u00e9bec depuis les derni\u00e8res d\u00e9cennies. 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