{"id":431,"date":"2014-10-09T15:51:05","date_gmt":"2014-10-09T13:51:05","guid":{"rendered":"http:\/\/tardigrada.noblogs.org\/?p=431"},"modified":"2014-10-11T11:57:30","modified_gmt":"2014-10-11T09:57:30","slug":"andrea-dworkin-la-notion-de-superiorite-biologique-un-argument-dangereux-et-mortel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tardigrada.noblogs.org\/?p=431","title":{"rendered":"Andrea Dworkin: La notion de sup\u00e9riorit\u00e9 biologique: un argument dangereux et mortel"},"content":{"rendered":"<header class=\"entry-header\">\n<div class=\"entry-meta\"><\/div>\n<\/header>\n<div class=\"entry-content\">\n<header class=\"entry-header\"><\/header>\n<div class=\"entry-content\">\n<p><a href=\"https:\/\/tradfem.files.wordpress.com\/2014\/10\/image-andrea-dworkin.jpeg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-89\" src=\"http:\/\/tradfem.files.wordpress.com\/2014\/10\/image-andrea-dworkin.jpeg?w=604\" alt=\"image andrea dworkin\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<header class=\"entry-header\"><\/header>\n<header class=\"entry-header\">\n<div>\n<pre>le texte qui suit (publi\u00e9 en \r\n1980 et tellement  d\u2019actualit\u00e9 \r\nh\u00e9las !)est plein de \r\npertinence, de fantaisie et \r\nd\u2019humour (traduction TRADFEM,\r\n<a href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/\">http:\/\/tradfem.wordpress.com\/\r\n<\/a>collective de traduction de textes \r\nf\u00e9ministes radicaux).<\/pre>\n<\/div>\n<\/header>\n<header class=\"entry-header\"><\/header>\n<header class=\"entry-header\"><b>(La version originale de cet essai figure<b> <\/b>dans l\u2019anthologie <\/b><i><b>Letters from a War Zone.<\/b><\/i><b>)<\/b><\/header>\n<div class=\"entry-content\">\n<p><i>Une des insultes constamment utilis\u00e9es contre moi par les femmes qui, sous couvert de f\u00e9minisme, \u00e9crivent en faveur de la pornographie dans des m\u00e9dias misogynes est que je souscris \u00e0 un d\u00e9terminisme biologique <\/i><i>primaire<\/i><i>. Pourtant, mon premier livre, <\/i>Woman Hating<i> (1974), rejette manifestement tout d\u00e9terminisme biologique\u00a0; il en est de m\u00eame pour ma premi\u00e8re anthologie <\/i>Our Blood <i>(1976), en particulier l\u2019essai <\/i><span lang=\"zxx\"><a class=\"western\" href=\"http:\/\/www.nostatusquo.com\/ACLU\/dworkin\/OurBloodIII.html\">\u00abThe Root Cause\u00bb<\/a><\/span><i>. C\u2019est \u00e9galement le cas du pr\u00e9sent essai, publi\u00e9 \u00e0 deux reprises: en 1978, dans la revue <\/i><i>Heresies<\/i>,<i> et en 1979 dans la revue <\/i><i>Broadsheet<\/i><i>. <\/i><i>Heresies<\/i><i> \u00e9tait largement diffus\u00e9e dans le Mouvement des femmes en 1978. L\u2019<\/i><i>\u00e9pisode <\/i><i>d\u00e9crit ici, qui a eu lieu en 1977, est assez notoire, et donc ma position sur le d\u00e9terminisme biologique \u2013 je suis contre \u2013 est g\u00e9n\u00e9ralement connue dans le Mouvement des femmes. Mais un des probl\u00e8mes est que cet \u00e9crit, comme d\u2019autres textes du pr\u00e9sent livre, n\u2019a aucun ancrage dans la culture : personne n\u2019a \u00e0 le conna\u00eetre ou le prendre en consid\u00e9ration pour para\u00eetre moins qu\u2019ignare, personne n\u2019aura de comptes \u00e0 rendre pour avoir ferm\u00e9 les yeux dessus. Les critiques et les adversaires politiques des \u00e9crivains masculins doivent habituellement prendre en consid\u00e9ration les \u00e9crits publi\u00e9s de ceux qu\u2019ils souhaitent calomnier. Aucune r\u00e8gle de ce genre ne prot\u00e8ge les filles. Une \u00abf\u00e9ministe\u00bb pro<\/i><i>&#8211;<\/i><i>pornographie a publi\u00e9 un article affirmant que j\u2019\u00e9tais contre le droit des femmes \u00e0 l\u2019avortement, et cela malgr\u00e9 mes d\u00e9cennies de militantisme pour ces droits et mon appartenance \u00e0 plusieurs groupes pro-choix. Personne n\u2019a pris la peine de v\u00e9rifier son all\u00e9gation ; et la revue a refus\u00e9 de publier un d\u00e9menti. Nos \u00e9crits publi\u00e9s ne comptent pour rien, pas plus que des ann\u00e9es d\u2019activit\u00e9 politique.<\/i><\/p>\n<p align=\"CENTER\">I<\/p>\n<blockquote>\n<pre><em>Tout<\/em>\u00a0ce qui n\u2019est\u00a0<em>pas<\/em>, dans ce\u00a0<em>monde<\/em>,\u00a0<em>de race<\/em>\u00a0pure n\u2019est \r\nque brins\u00a0<em>de<\/em>\u00a0paille balay\u00e9s par le vent. \r\n\u2013 Hitler, <i>Mon Combat <\/i><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a><\/sup><\/pre>\n<pre>Ce serait pure folie que d\u2019essayer d\u2019estimer la valeur \r\nde l\u2019homme selon sa race, et de d\u00e9clarer ainsi la guerre \r\n\u00e0 l\u2019id\u00e9e marxiste selon laquelle les hommes sont \u00e9gaux, \r\n\u00e0 moins que nous soyons d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 en tirer les \r\ncons\u00e9quences ultimes. Et la cons\u00e9quence ultime de \r\nreconna\u00eetre l\u2019importance du sang \u2013 c\u2019est \u00e0 dire de la \r\nfondation raciale en g\u00e9n\u00e9ral \u2013 est le transfert de cette \r\nestimation \u00e0 la personne. \u2013 Hitler, <i>Mon Combat <\/i><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a><\/sup><\/pre>\n<\/blockquote>\n<p align=\"JUSTIFY\">Des sifflements. Des femmes qui crient contre moi: salope, bisexuelle, elle baise avec des hommes. Et avant m\u00eame de parler, je tremblais d\u00e9j\u00e0, plus effray\u00e9e de parler que je ne l\u2019avais jamais \u00e9t\u00e9. Et, dans une salle compos\u00e9e de 200 s\u0153urs lesbiennes, furieuse comme je ne l\u2019avais jamais \u00e9t\u00e9. \u00abEs-tu une bisexuelle?\u00bb hurle quelqu\u2019une par-dessus le tumulte, les sifflets et les cris se m\u00ealant dans un chahut rageur. Ma r\u00e9ponse: \u00abJe suis une Juive,\u00bb puis, apr\u00e8s une pause, \u00abet une lesbienne et une femme\u00bb. Et une l\u00e2che. R\u00e9pondre Juive \u00e9tait suffisant. Dans cette salle, Juive \u00e9tait ce qui importait. Dans cette salle, r\u00e9pondre \u00e0 la question \u00abBaises-tu encore avec des hommes?\u00bb par un Non, comme j\u2019ai fait, c\u2019\u00e9tait trahir mes convictions les plus profondes. Toute ma vie, j\u2019ai d\u00e9test\u00e9 les proscripteurs, les flics de la conformit\u00e9 sexuelle. En r\u00e9pondant, j\u2019avais c\u00e9d\u00e9 aux inquisiteurs, et j\u2019ai eu honte. Cela m\u2019a humili\u00e9e de me voir ainsi\u00a0: militante dans ma r\u00e9sistance \u00e0 la flicaille ext\u00e9rieures, mais qui c\u00e8de sans r\u00e9sistance \u00e0 la flicaille parmi nous.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e9tait une table ronde sur \u00abLe lesbianisme comme politique personnelle\u00bb, organis\u00e9e \u00e0 New York, pendant la Semaine de la fiert\u00e9 lesbienne de 1977. Une s\u00e9paratiste lesbienne autoproclam\u00e9e venait de parler. Sa description g\u00e9n\u00e9ralement exacte des crimes masculins contre les femmes s\u2019enlisait dans cette pourriture id\u00e9ologique, formul\u00e9e de plus en plus fr\u00e9quemment dans les cercles f\u00e9ministes, selon laquelle les femmes et les hommes sont des esp\u00e8ces ou des races distinctes (ces mots \u00e9tant utilis\u00e9s de fa\u00e7on interchangeable), les hommes sont biologiquement inf\u00e9rieurs aux femmes, la violence masculine est une fatalit\u00e9 biologique; pour l\u2019\u00e9liminer, il faut \u00e9liminer l\u2019esp\u00e8ce\/la race elle-m\u00eame (le moyen \u00e9nonc\u00e9 ce soir-l\u00e0 \u00e9tant le d\u00e9veloppement de la parth\u00e9nogen\u00e8se comme r\u00e9alit\u00e9 reproductive viable)\u00a0; en \u00e9liminant l\u2019esp\u00e8ce\/race masculine biologiquement inf\u00e9rieure, la nouvelle \u00ab<i>Ubermensch<\/i> <i>Womon<\/i>\u00bb (proph\u00e9tiquement actualis\u00e9e par cette m\u00eame s\u00e9paratiste lesbienne<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>*<\/sup><\/a><\/sup>) exercera la domination terrestre qui est son vrai destin biologique. Nous sommes cens\u00e9es en d\u00e9duire que la soci\u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par elle sera bonne parce qu\u2019elle est bonne, biologiquement bonne. D\u2019ici l\u00e0, la SuperWomon naissante ne fera rien pour \u00abencourager\u00bb les femmes \u00e0 \u00abcollaborer\u00bb avec les hommes \u2013 elle n\u2019offrira ni cliniques d\u2019avortement ni refuges pour femmes victimes de violence conjugale. Apr\u00e8s tout, elle doit conserver son \u00ab\u00e9nergie\u00bb qui ne doit pas \u00eatre gaspill\u00e9e \u00e0 maintenir en vie des femmes \u00abplus faibles\u00bb par le biais de mesures r\u00e9formistes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le public a applaudi avec enthousiasme les passages sur la sup\u00e9riorit\u00e9 f\u00e9minine et l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 masculine. Cette doctrine semblait les ravir. Y avait-il quelque dissidence, silencieuse, enfouie dans ces applaudissements? Une partie de cette r\u00e9action \u00e9tait-elle le plaisir spontan\u00e9 que nous connaissons toutes lorsque, enfin, les r\u00f4les sont invers\u00e9s, m\u00eame pour une minute, m\u00eame en imagination? Ou l\u2019impuissance nous a-t-elle rendues folles, au point que nous r\u00eavons en secret d\u2019une solution finale, parfaite dans sa simplicit\u00e9, absolue dans son efficacit\u00e9? Et est-ce qu\u2019une cheffe saura un jour faire r\u00e9sonner cet accord secret, saura harnacher ces r\u00eaves, notre propre cauchemar invers\u00e9? N\u2019existe-t-il pas, pour nous retenir, de souvenir lancinant du sang vers\u00e9, des corps br\u00fbl\u00e9s, des fours remplis, des peuples r\u00e9duits en esclavage par tous ceux et celles qui ont souscrit de tout temps \u00e0 cette m\u00eame logique d\u00e9magogique?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans le public, je voyais des femmes que je respecte ou que j\u2019aime, des femmes qui ne me sont pas \u00e9trang\u00e8res, des femmes qui sont bonnes non pas \u00e0 cause de la biologie, mais parce qu\u2019elles se soucient d\u2019\u00eatre bonnes\u00a0; je les voyais emport\u00e9es dans une vague d\u2019affirmation. J\u2019ai parl\u00e9 parce que ces femmes avaient applaudi. J\u2019ai aussi parl\u00e9 parce que je suis une Juive qui a \u00e9tudi\u00e9 l\u2019Allemagne nazie, et je sais que beaucoup d\u2019Allemands et d\u2019Allemandes qui ont suivi Hitler se souciaient aussi d\u2019\u00eatre bons, mais ils et elles ont trouv\u00e9 plus facile d\u2019\u00eatre bons par d\u00e9finition biologique plut\u00f4t que par des actes. Ces personnes, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es par leur impression d\u2019une impuissance insupportable, en vinrent \u00e0 croire qu\u2019ils et elles \u00e9taient si bons de par leur biologie que rien de ce qu\u2019elles faisaient ne pouvait \u00eatre inf\u00e2me. Comme Himmler a dit en 1943:<\/p>\n<blockquote>\n<pre>Nous avons extermin\u00e9 une bact\u00e9rie [les Juifs] parce que \r\nnous ne voulions pas en fin de compte \u00eatre infect\u00e9s par \r\nla bact\u00e9rie et en mourir. Je ne supporterai pas \r\nqu\u2019apparaisse et que persiste la moindre zone d\u2019infection \r\nici. Partout o\u00f9 elle appara\u00eetra, nous la caut\u00e9riserons. \r\nDans l\u2019ensemble, nous pouvons dire que nous avons accompli \r\nce devoir des plus difficiles pour l\u2019amour de notre peuple.\r\nEt notre esprit, notre \u00e2me, notre identit\u00e9 n\u2019ont pas eu \u00e0 \r\nen souffrir.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>3<\/sup><\/a><\/sup><\/pre>\n<\/blockquote>\n<p align=\"JUSTIFY\">J\u2019ai donc parl\u00e9, effray\u00e9e. J\u2019ai dit que je ne m\u2019associerais pas \u00e0 un mouvement qui pr\u00f4ne l\u2019id\u00e9ologie la plus n\u00e9faste au monde. C\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment cette id\u00e9ologie du d\u00e9terminisme biologique qui avait autoris\u00e9 le massacre ou l\u2019asservissement de presque tous les groupes qu\u2019on pouvait citer, y compris les femmes par les hommes. (\u00abUtilisons leur propre poison contre eux\u00bb, a cri\u00e9 une femme.) O\u00f9 que l\u2019on regard\u00e2t, c\u2019\u00e9tait cette philosophie qui justifiait l\u2019atrocit\u00e9. La dynamique de cette croyance d\u00e9truisait la vie m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les insultes ont persist\u00e9 pendant que je parlais, mais peu \u00e0 peu les femmes que j\u2019admirais ou aimais et d\u2019autres que je ne connaissais pas ont commenc\u00e9 \u00e0 remettre en question ouvertement ce qu\u2019elles avaient applaudie ainsi que leur propre assentiment. Embrass\u00e9e par beaucoup de femmes en quittant la salle, j\u2019ai quitt\u00e9 la salle encore chavir\u00e9e, humili\u00e9e par les insultes, affectivement d\u00e9vast\u00e9e par l\u2019affrontement. Le temps passe, mais la violence inflig\u00e9e ne s\u2019efface pas. Elle ne s\u2019efface jamais.<\/p>\n<p align=\"CENTER\">II<\/p>\n<blockquote>\n<pre>On me dit que je suis sexiste. Je<i> <\/i>crois<i> <\/i>en effet que les \r\ndiff\u00e9rences entre les sexes sont notre h\u00e9ritage le plus \r\npr\u00e9cieux, m\u00eame si elles rendent les femmes sup\u00e9rieures \r\ndans les fa\u00e7ons qui importent le plus. \r\n- George Gilder, <i>Sexual Suicide<\/i><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>4<\/sup><\/a><\/sup><\/pre>\n<pre>Il se peut que cette sagesse f\u00e9minine vienne de la \r\nr\u00e9signation devant la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019agression masculine\u00a0; \r\nmais c\u2019est plus probablement une harmonique de la \r\nconscience de la femme d\u2019\u00eatre, en d\u00e9finitive, celle qui \r\nimporte. En cons\u00e9quence, bien qu\u2019il y ait plus d\u2019hommes \r\nbrillants que de femmes brillantes, il y a plus de femmes \r\nbonnes que d\u2019hommes bons. \r\n\u2013 Steven Goldberg, <i>The Inevitability of Patriarchy<\/i><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>5<\/sup><\/a><\/sup><\/pre>\n<\/blockquote>\n<p align=\"JUSTIFY\">En tant que classe (pas n\u00e9cessairement en tant qu\u2019individues), nous pouvons porter des enfants. De cela d\u00e9coulent, selon l\u2019id\u00e9ologie patriarcale, tous nos autres attributs et toutes nos autres potentialit\u00e9s. Sur le pi\u00e9destal, immobiles comme des statues de cire, ou dans le caniveau, ic\u00f4nes d\u00e9chues embourb\u00e9es dans la merde, nous sommes adul\u00e9es ou d\u00e9nigr\u00e9es parce que nos traits biologiques sont ce qu\u2019ils sont. Citant des g\u00e8nes, des organes g\u00e9nitaux, de l\u2019ADN, des odeurs cod\u00e9es, des biogrammes, des hormones, ou quoi que ce soit qui est au go\u00fbt du jour, les phallocrates plaident leur cause qui est, en essence, que nous sommes biologiquement trop bonnes, trop mauvaises, ou trop diff\u00e9rentes pour faire autre chose que de nous reproduire et de servir les hommes aux plans sexuel et domestique.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les plus r\u00e9centes variantes de cette tristement ancienne th\u00e9matique privil\u00e9gient les hormones et l\u2019ADN\u00a0: les hommes sont biologiquement agressifs ; leur cerveau f\u0153tal flottait dans l\u2019androg\u00e8ne ; leur ADN, pour se perp\u00e9tuer, les pousse irr\u00e9sistiblement au meurtre et au viol, alors que chez les femmes, le pacifisme est hormonal et la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019accouchement est d\u2019ordre mol\u00e9culaire. Puisque dans la vision darwinienne (interpr\u00e9t\u00e9e pour tout r\u00e9duire \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat social des hommes), la persistance du plus apte signifie le triomphe des \u00eatres humains les plus agressifs, les hommes sont et seront toujours sup\u00e9rieurs aux femmes au plan de leur capacit\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger et \u00e9tendre leur autorit\u00e9. Ainsi, les femmes, parce que \u00abplus faibles\u00bb (moins agressives), seront toujours \u00e0 la merci des hommes. Nous ne sommes pas cens\u00e9es \u00eatre troubl\u00e9es outre mesure par le fait que cette th\u00e9orie de la supr\u00e9matie sociale des plus aptes nous condamne \u00e0 une \u00e9ternelle indignit\u00e9, et par le fait qu\u2019appliqu\u00e9e \u00e0 la race, elle \u00e9voque l\u2019opinion identique d\u2019Hitler sur la lutte \u00e9volutionnaire. Dans <i>Sociobiology: The New Synthesis<\/i>, une bible de justification g\u00e9n\u00e9tique des massacres, Edward O. Wilson, se voulant rassurant, \u00e9crit\u00a0: \u00abSelon la th\u00e9orie actuelle, le g\u00e9nocide ou la <i>g\u00e9nosorption<\/i>, qui favorise de mani\u00e8re consid\u00e9rable l\u2019agresseur, ne doit advenir qu\u2019une fois sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations pour diriger l\u2019\u00e9volution<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>6<\/sup><\/a><\/sup> .\u00bb<\/p>\n<p align=\"CENTER\">III<\/p>\n<blockquote>\n<pre>Je vous ai dit la tr\u00e8s pi\u00e8tre opinion dans laquelle vous \r\ntenait M. Oscar Browning. Je vous ai indiqu\u00e9 ce que \r\nNapol\u00e9on, autrefois, pensait de vous, et ce que \r\nMussolini en pense aujourd\u2019hui. Puis, pour le cas \r\no\u00f9 quelques-unes d\u2019entre vous aspireraient \u00e0 \r\n\u00e9crire des romans, j\u2019ai recopi\u00e9, afin que vous en \r\nfassiez votre profit, les conseils des critiques sur \r\nla n\u00e9cessit\u00e9 de reconna\u00eetre courageusement les \r\nimperfections de votre sexe. J\u2019ai fait mention du Pr X \r\net mis en valeur sa d\u00e9claration\u00a0: les femmes sont \r\nintellectuellement, moralement et physiquement \r\ninf\u00e9rieures aux hommes. (...) et voici un avertissement \r\nfinal (...) M. John Langdon Davies pr\u00e9vient les femmes \r\n\u00abque lorsque les enfants cesseront d\u2019\u00eatre d\u00e9sir\u00e9s, les \r\nfemmes cesseront en m\u00eame temps d\u2019\u00eatre n\u00e9cessaires\u00bb. \r\nJ\u2019esp\u00e8re que vous prendrez cela en note. \r\n\u2013 Virginia Woolf, <i>Une chambre \u00e0 soi<\/i><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>7<\/sup><\/a><\/sup><\/pre>\n<\/blockquote>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si l\u2019on se penche sur l\u2019argumentation intellectuelle et scientifique masculine en regard de l\u2019histoire des hommes, l\u2019on est forc\u00e9e de conclure que les hommes en tant que classe sont, au plan moral, des demeur\u00e9s. La question cruciale est alors la suivante\u00a0: devons-nous accepter <i>leur<\/i> conception d\u2019une polarit\u00e9 morale fix\u00e9e de mani\u00e8re biologique, absolue du fait de la g\u00e9n\u00e9tique, des hormones, des organes g\u00e9nitaux (ou de quelque autre organe, s\u00e9cr\u00e9tion ou particule mol\u00e9culaire qu\u2019ils trouveront \u00e0 bl\u00e2mer)\u00a0? Ou bien est-ce que <i>notre<\/i> exp\u00e9rience historique de la privation et de l\u2019injustice sociale nous enseigne que pour vivre libres dans un monde \u00e9quitable, nous allons devoir d\u00e9truire le pouvoir, la dignit\u00e9, l\u2019efficience de cette conception-l\u00e0, plus que toutes les autres?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">R\u00e9cemment, on a vu de plus en plus de f\u00e9ministes promouvoir des mod\u00e8les sociaux, spirituels et mythologiques fond\u00e9s sur une domination f\u00e9minine ou un matriarcat. \u00c0 mon sens, ces choix indiquent une conformit\u00e9 de base aux pr\u00e9misses du d\u00e9terminisme biologique qui sous-tendent le syst\u00e8me social masculin. S\u00e9duites par une id\u00e9ologie bas\u00e9e sur l\u2019ascendant moral et social d\u2019une biologie f\u00e9minine distincte, en raison de sa familiarit\u00e9 \u00e9motionnelle et philosophique, attir\u00e9es par la dignit\u00e9 spirituelle inh\u00e9rente \u00e0 un \u00abprincipe f\u00e9minin\u00bb (essentiellement d\u00e9fini par les hommes), et bien s\u00fbr incapables d\u2019abandonner volontairement ou spontan\u00e9ment un engagement continu et s\u00e9culaire \u00e0 la grossesse comme acte cr\u00e9atif f\u00e9minin par excellence, les femmes ont de plus en plus tent\u00e9 de transformer l\u2019id\u00e9ologie m\u00eame qui nous a r\u00e9duites en esclavage en une c\u00e9l\u00e9bration dynamique religieuse, psychologiquement imp\u00e9rative du potentiel biologique des femmes. Cette tentative de transformation a peut-\u00eatre une valeur de survie \u2013 en ce sens que le culte de notre capacit\u00e9 de procr\u00e9ation en tant que <i>pouvoir<\/i> peut retenir temporairement la main des patriarches qui berce l\u2019\u00e9prouvette. Mais le prix \u00e0 payer pour cela est de devenir porteuses de la maladie que nous devons gu\u00e9rir. Ce n\u2019est pas par accident que dans les communaut\u00e9s matriarcales antiques les hommes \u00e9taient castr\u00e9s, l\u2019objet de sacrifices et exclus des instances publiques du pouvoir\u00a0; et ce n\u2019est pas par accident non plus que certaines partisanes de la supr\u00e9matie f\u00e9minine consid\u00e8rent aujourd\u2019hui les hommes comme une esp\u00e8ce ou une race distincte et inf\u00e9rieure. Partout o\u00f9 le pouvoir est accessible et o\u00f9 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique est respect\u00e9e en fonction d\u2019attributs biologiques, une cruaut\u00e9 syst\u00e9matique impr\u00e8gne la soci\u00e9t\u00e9 et le meurtre et la mutilation la contaminent. Nous ne serons pas diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il est honteusement facile pour nous de savourer nos fantasmes de toute-puissance biologique tout en m\u00e9prisant les hommes qui savourent la r\u00e9alit\u00e9 de la leur. Et c\u2019est dangereux, parce que le g\u00e9nocide commence, aussi improbable qu\u2019il semble, par la conviction que les classes issues d\u2019une distinction biologique valident sans conteste une discrimination sociale et politique. Nous, qui avons \u00e9t\u00e9 ruin\u00e9es par les cons\u00e9quences concr\u00e8tes de cette id\u00e9e, souhaitons encore avoir foi en elle. En fait, rien n\u2019offre mieux la preuve \u2013 une preuve triste, irr\u00e9futable \u2013 que nous ressemblons plus aux hommes qu\u2019eux ou nous-m\u00eames voulons le croire.<\/p>\n<p>Avant d\u2019\u00eatre publi\u00e9 dans <b>Letters from a War Zone<\/b>, l\u2019essai \u00abBiological Superiority: The World\u2019s Most Dangerous and Deadly Idea\u00bb a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans <i>Heresies n\u00b0<\/i><i>6 on Women and Violence<\/i>, Vol. 2, n\u00b0 2, \u00e9t\u00e9 1978. Copyright \u00a9\u00a01977, 1988, 1993 par Andrea Dworkin. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Version originale disponible ici\u00a0: <span lang=\"zxx\"><a class=\"western\" href=\"http:\/\/www.nostatusquo.com\/ACLU\/dworkin\/WarZoneChaptIIID.html\">http:\/\/www.nostatusquo.com\/ACLU\/dworkin\/WarZoneChaptIIID.html<\/a><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Traduit par\u00a0la Collective <b>TRADFEM<\/b><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>Adolf Hitler, <i>Mon Combat, <\/i><a href=\"http:\/\/www.fichier-pdf.fr\/2012\/03\/24\/hitler-combat-1\/hitler-combat-1.pdf\" rel=\"nofollow\">http:\/\/www.fichier-pdf.fr\/2012\/03\/24\/hitler-combat-1\/hitler-combat-1.pdf<\/a>, p.\u00a0155.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><i>Ibid<\/i>., p.\u00a0230.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">*<\/a>L\u2019id\u00e9ologie de la SuperWomon se distingue du s\u00e9paratisme lesbien en g\u00e9n\u00e9ral (c\u2019est-\u00e0-dire des lesbiennes s\u2019organisant politiquement ou culturellement en groupes exclusivement f\u00e9minins) par deux articles de dogme : (1) le refus d\u2019avoir quoi que ce soit \u00e0 voir avec les femmes ayant le moindre rapport avec des m\u00e2les, y compris souvent les femmes ayant des enfants de sexe masculin, et (2) la croyance absolue en la sup\u00e9riorit\u00e9 biologique des femmes.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">3<\/a>Jeremy Noakes et Geoffrey Pridham, dir., <i>Documents on Nazism\u00a0l9l9-1945<\/i> (New York: The Viking Press, 1975), p.\u00a0493.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">4<\/a>George Gilder, <i>Sexual Suicide<\/i> (New York: Quadrangle, 1973), v.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">5<\/a>Steven Goldberg, <i>The Inevitability of Patriarchy<\/i> (New York: William Morrow and Company, Inc., 1973), p.\u00a0228.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">6<\/a> Edward O. Wilson, <span lang=\"fr-CA\"><i>La Sociobiologie<\/i><\/span><span lang=\"fr-CA\">, Le Rocher, Paris, 1987, p. 577.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"http:\/\/tradfem.wordpress.com\/#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">7<\/a>Virginia Woolf, <i>Une chambre \u00e0 soi<\/i>, \u00c9ditions Deno\u00ebl, coll. 10\/18, 1996, p.\u00a0167-168.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>le texte qui suit (publi\u00e9 en 1980 et tellement d\u2019actualit\u00e9 h\u00e9las !)est plein de pertinence, de fantaisie et d\u2019humour (traduction TRADFEM, http:\/\/tradfem.wordpress.com\/ collective de traduction de textes f\u00e9ministes radicaux). (La version originale de cet essai figure dans l\u2019anthologie Letters from a War Zone.) 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